
Fils du premier président guinéen Ahmed Sékou Touré, Mohamed Touré est né vers 1961. Sa vie a été marquée par des bouleversements importants : une enfance privilégiée suivie d'emprisonnement et d'exil après la mort de son père en 1984 et le coup d'État militaire qui a suivi. Après avoir vécu au Maroc, en Côte d'Ivoire et aux États-Unis, il est revenu en Guinée en 2009 pour raviver l'héritage politique de son père en tant que Secrétaire Général du parti PDG-RDA.
Sa carrière politique a été caractérisée par son soutien à Alpha Condé tout en maintenant une position médiatrice entre le gouvernement et l'opposition. En 2018, sa vie a connu un nouveau tournant dramatique lorsque lui et son épouse ont été condamnés aux États-Unis pour travail forcé, ce qui lui a valu une peine de sept ans de prison. Après sa libération, Mohamed Touré est rentré en Guinée en février 2025, son retour ayant été facilité par le président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya. À son arrivée, il est apparu en fauteuil roulant en raison de problèmes de santé développés pendant son incarcération.
Introduction
Mohamed Touré, fils du premier président guinéen Ahmed Sékou Touré, a connu un parcours marqué par l'influence politique de son père, l'exil, l'engagement politique en Guinée et des démêlés judiciaires aux États-Unis. Figure centrale du Parti démocratique de Guinée (PDG-RDA), il incarne la continuité d'un héritage politique tout en affrontant des défis personnels considérables.
Origines et jeunesse
Né en 1961 environ (il avait 51 ans en 2012 selon les sources), Mohamed Touré est le fils d'Ahmed Sékou Touré, figure emblématique de l'indépendance guinéenne et premier président du pays de 1958 à 1984. Son enfance fut certainement privilégiée, mais basculera dramatiquement après la mort de son père et la prise du pouvoir par l'armée.
L'exil et le retour aux sources
Après le décès de son père en 1984 et le coup d'État militaire dirigé par Lansana Conté, Mohamed Touré, comme de nombreux membres de sa famille, connut l'emprisonnement. Cette période sombre fut suivie d'un long exil qui le conduisit successivement au Maroc, en Côte d'Ivoire puis aux États-Unis où il s'installa avec sa famille.
Ce n'est qu'à la fin des années 2000 qu'il fit son retour en Guinée. En 2009, il revint à Conakry après près de 25 ans d'absence, déterminé à faire revivre l'héritage politique de son père à travers le PDG.
Carrière politique en Guinée
Dès son retour, Mohamed Touré prit les rênes du PDG-RDA (Parti démocratique de Guinée-Rassemblement démocratique africain), formation politique fondée par son père. En tant que secrétaire général du parti, il s'efforça de ressusciter cette formation historique que beaucoup considéraient comme morte après la chute du régime de Sékou Touré.
Lors de l'élection présidentielle de 2010, il apporta son soutien à Alpha Condé au second tour, positionnant son parti dans la mouvance présidentielle. Toutefois, sa relation avec le pouvoir resta complexe, Mohamed Touré n'hésitant pas à critiquer certaines décisions et à appeler régulièrement au dialogue entre le gouvernement et l'opposition.
En 2012, dans un contexte politique tendu, il invita publiquement le président Alpha Condé et l'opposition à "renouer les fils du dialogue rompu" et à mettre "temporairement les considérations partisanes à l'écart en privilégiant l'intérêt de la nation". Cette position médiane illustrait sa volonté de se positionner comme un acteur de réconciliation nationale.
Lors des élections communales de 2018, le PDG sous sa direction présenta des candidats dans plusieurs circonscriptions et obtint une vingtaine de conseillers, ce qu'il considéra comme un succès relatif dans un contexte politique qu'il jugeait défavorable à son parti.
La bataille pour l'héritage familial
Un aspect important du combat de Mohamed Touré fut la revendication des biens familiaux confisqués après le coup d'État de 1984. Dans plusieurs entretiens, il dénonça la séquestration par l'État guinéen de propriétés appartenant à sa famille, notamment la résidence personnelle de son père, les cases de Bellevue, ainsi que ses propres biens immobiliers à Conakry.
Malgré des décisions de justice en sa faveur concernant certaines de ces propriétés, il affirma que l'exécution de ces jugements fut systématiquement bloquée par des interventions politiques, y compris sous la présidence d'Alpha Condé qu'il avait pourtant soutenu. Cette situation, qu'il qualifia d'"injuste", fut pour lui source d'amertume et l'amena à dénoncer ce qu'il percevait comme une tentative de faire vivre sa famille "d'aumône".
Démêlés judiciaires aux États-Unis
En avril 2018, la trajectoire de Mohamed Touré prit un tournant dramatique lorsqu'il fut arrêté avec son épouse Denise Cros-Touré au Texas. Le couple fut accusé d'avoir maintenu une jeune femme guinéenne en situation de travail forcé pendant plus de 16 ans à leur domicile de Southlake.
Selon le Département américain de la Justice, ils auraient fait venir cette jeune fille de Guinée en 2000, alors qu'elle n'avait que 5 ans, pour la contraindre à effectuer des travaux domestiques et à s'occuper de leurs enfants, tout en la soumettant à des maltraitances physiques et émotionnelles. La victime aurait finalement réussi à s'échapper en août 2016 avec l'aide d'anciens voisins.
En avril 2019, Mohamed Touré et son épouse furent condamnés à 7 ans d'emprisonnement pour "travail forcé" et au paiement d'une indemnité de 288 000 dollars à la victime.
Durant tout le procès, le couple nia fermement ces accusations par l'intermédiaire de leurs avocats, qui qualifièrent les allégations de "fabrications et mensonges". Selon leur défense, la jeune femme aurait été traitée comme un membre à part entière de la famille.
Libération et retour en Guinée
Après avoir purgé sa peine, Mohamed Touré a été libéré et a regagné la Guinée le 8 février 2025. Son retour au pays fut facilité par l'intervention personnelle du président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya. Il fut accueilli à l'aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry par le ministre des Affaires étrangères, Dr. Morissanda Kouyaté.
À son arrivée, Mohamed Touré apparut en fauteuil roulant, suscitant des inquiétudes sur son état de santé. Selon des sources proches, il souffrait d'une maladie contractée en prison mais non irréversible, nécessitant une convalescence et une limitation des efforts physiques.
Dans ses premières déclarations après son retour, il exprima sa gratitude envers le peuple guinéen et le président Doumbouya pour leur soutien, affirmant que sa "sortie effective a été le produit d'un forcing politique". Il se dit également reconnaissant envers le ministre des Affaires étrangères pour ses efforts dans ce dossier.
L'héritage politique
En tant que fils de Sékou Touré et secrétaire général du PDG-RDA, Mohamed Touré s'est toujours présenté comme le gardien d'un héritage politique axé sur l'unité nationale et la souveraineté guinéenne. Il a régulièrement défendu le bilan de son père, souvent controversé, et a critiqué les régimes qui ont suivi pour avoir, selon lui, démantelé les acquis de la première République.
Dans un entretien en 2017, il affirmait que le PDG constituait "la force du peuple de Guinée" et que le parti était combattu car il représentait "l'épanouissement et l'émancipation du peuple". Il dénonçait également la tendance des partis politiques guinéens à se constituer "sur des bases ethniques, tribales", en opposition avec l'idéal panafricaniste du PDG originel.
Conclusion
Le parcours de Mohamed Touré illustre les complexités de l'héritage politique en Afrique et les défis auxquels sont confrontés les descendants des grandes figures historiques. Entre exil, engagement politique, combats pour la récupération d'un patrimoine familial et graves démêlés judiciaires, sa vie aura été marquée par de profonds contrastes.
Son retour en Guinée en 2025, facilité par les autorités de transition, marque peut-être le début d'un nouveau chapitre pour lui-même et pour le PDG-RDA. L'avenir dira si Mohamed Touré parviendra à reconstruire sa vie et à jouer un rôle significatif dans le paysage politique guinéen, au-delà de l'ombre tutélaire de son illustre père.