Le Professeur Salifou Sylla, né le 12 février 1946 à Kindia, est l'une des figures les plus emblématiques du droit et de la justice en Guinée. Juriste de formation et expert constitutionnel reconnu, il a marqué l'histoire judiciaire guinéenne en tant qu'ancien ministre de la Justice sous le régime du Général Lansana Conté, période durant laquelle il a notamment autorisé la retransmission télévisée du célèbre procès des gangs pour des raisons pédagogiques.
Témoin privilégié de l'évolution politique de la Guinée depuis l'indépendance en 1958, le Professeur Sylla s'est imposé comme une voix autorisée dans les débats constitutionnels, prônant sans relâche l'indépendance de la justice et le respect de l'État de droit. Sa philosophie se résume dans cette formule devenue célèbre : "même si la constitution est écrite en lettre d'or, si vous ne la respectez pas, ça ne sert à rien", illustrant sa conviction que le véritable défi de la Guinée réside moins dans la qualité des textes juridiques que dans leur application effective par les dirigeants.
Professeur Salifou Sylla : Une Figure Emblématique du Droit et de la Justice en Guinée
Le Professeur Salifou Sylla demeure l'une des personnalités les plus respectées du paysage juridique et politique guinéen. Juriste de renom, ancien ministre de la Justice et expert constitutionnel, il a marqué de son empreinte l'évolution du système judiciaire guinéen depuis l'indépendance.
Origines et Formation
Salifou Sylla naît le 12 février 1946 à Kindia, une ville déjà importante à l'époque coloniale. Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il connaît avec précision sa date de naissance grâce à l'organisation de l'état civil dans cette cité et au soin particulier que son père prenait à déclarer immédiatement ses enfants à la naissance.
Suivant la tradition de l'époque, le jeune Salifou commence son éducation par l'école coranique en 1951, une année avant d'intégrer l'école française. Cette formation coranique précoce facilite son apprentissage du français et prépare son esprit à l'acquisition de nouvelles connaissances.
En 1952, à l'âge de six ans, il entre à l'école régionale de Koutou à Kindia. Son parcours scolaire se déroule dans un contexte historique particulier, marqué par les luttes d'indépendance. Dès son jeune âge, il manifeste une curiosité remarquable pour les événements politiques, suivant avec attention les meetings et manifestations qui rythment la vie politique guinéenne.
Témoin de l'Histoire
En 1958, année cruciale de l'indépendance guinéenne, Salifou Sylla obtient son certificat d'études primaires et entre au collège. À douze ans, il possède déjà une conscience politique développée et suit avec passion les débats qui agitent le pays. Il se souvient particulièrement de 1954, quand les drapeaux furent mis en berne à la mort de Yacine Diallo, premier député guinéen.
Contrairement aux récits officiels, le Professeur Sylla offre une analyse nuancée de l'accession de la Guinée à l'indépendance. Il insiste sur le fait que cette décision historique résulte d'une "union sacrée" de tous les dirigeants politiques de l'époque, y compris ceux du Parti de Regroupement Africain comme Barry Diawadou, Ibrahima Barry et Barry III, qui avaient déjà opté pour l'indépendance lors du congrès de Coyah.
Formation Universitaire
En 1966, Salifou Sylla obtient son baccalauréat au lycée classique Donka de Conakry. Il entame brièvement ses études supérieures à l'Université de Kankan (qu'il désigne sous le nom de "Tata"), nouvellement créée, mais n'y reste que six mois. Désireux d'élargir ses horizons, il décide de poursuivre sa formation à l'étranger.
Cette décision marque le début d'un parcours académique qui le mènera à devenir l'un des juristes les plus éminents de son pays.
Carrière Ministérielle
Le Professeur Salifou Sylla accède au poste de ministre de la Justice sous le régime du Général Lansana Conté. Son passage à ce ministère est marqué par des réformes significatives et des prises de position courageuses en faveur de l'indépendance de la justice.
L'une de ses décisions les plus marquantes concerne l'autorisation du procès des gangs, qu'il fait filmer et diffuser pour des raisons pédagogiques. Cette initiative révolutionnaire permet aux Guinéens de mieux comprendre le fonctionnement de la justice. Il autorise également la retransmission d'autres procès importants, notamment celui des militaires impliqués dans les événements des 2 et 3 février 1996.
Tout au long de son mandat, le Professeur Sylla défend fermement le principe de l'État de droit, n'hésitant pas à s'opposer à ses collègues du gouvernement lorsque ceux-ci tentent d'influencer les décisions judiciaires. Il maintient que "l'État de droit suppose qu'on est tous justiciables et que l'État lui-même est soumis au droit".
Expert Constitutionnel et Analyste Politique
Après sa carrière ministérielle, Salifou Sylla s'impose comme l'un des experts constitutionnels les plus respectés de Guinée. Il participe régulièrement aux débats sur les réformes constitutionnelles et offre son expertise lors des symposiums organisés par les institutions nationales.
Le Professeur Sylla identifie deux grandes périodes constitutionnelles en Guinée. La première, de 1958 à 1984, caractérisée par une gestion partisane où le parti primait sur les institutions. La seconde, à partir de 1990, marquée par l'introduction du multipartisme et la séparation des pouvoirs.
Sa philosophie constitutionnelle se résume dans cette formule : "même si la constitution est écrite en lettre d'or, si vous ne la respectez pas, ça ne sert à rien". Il insiste sur le fait que le problème de la Guinée ne réside pas dans la qualité des textes constitutionnels, mais dans leur respect par les dirigeants.
Analyse Critique de la Justice Guinéenne
Le Professeur Sylla porte un regard critique sur l'évolution de la justice guinéenne depuis l'indépendance. Il identifie les racines historiques des dysfonctionnements actuels, remontant à la Première République où "la justice était rendue à différents niveaux" par les comités du parti unique.
Il dénonce le manque d'indépendance chronique de la justice guinéenne, expliquant que "les juges n'ont jamais vaincu les craintes qu'ils avaient vis-à-vis de l'exécutif". Cette situation perdure selon lui parce que "comme vous êtes nommé et qu'on peut vous enlever, celui qui peut vous enlever vous pouvez craindre de lui".
Le Professeur Sylla n'hésite pas à critiquer la régression de l'indépendance judiciaire sous le régime d'Alpha Condé, particulièrement le rôle joué par la Cour Constitutionnelle dans la validation du troisième mandat controversé.
Philosophie et Approche Méthodologique
Dans ses interventions publiques, le Professeur Sylla prône la prudence et la sagesse. Concernant les réformes constitutionnelles, il met en garde contre l'illusion de créer des textes "inaltérables" : "Les règles de droit s'élaborent en fonction des situations dans le pays, des situations politiques, économiques, culturelles".
Sa philosophie juridique se fonde sur un principe simple mais fondamental : "Quand les règles sont écrites, elles doivent être respectées et par tout le monde". Il considère que "la meilleure garantie des Constitutions, c'est dans l'esprit de loi".
Héritage et Impact
Le Professeur Salifou Sylla représente un modèle d'intégrité et de courage dans l'exercice des fonctions publiques. Son refus de céder aux pressions politiques et sa défense constante de l'indépendance judiciaire font de lui une figure respectée de tous bords politiques.
Au-delà de ses fonctions officielles, il contribue à la formation de plusieurs générations de juristes guinéens et participe activement aux débats intellectuels sur l'évolution du droit en Guinée.
Aujourd'hui encore, sa parole porte et ses analyses sont sollicitées lors des grands débats constitutionnels et juridiques du pays. Son expertise est particulièrement recherchée dans les moments de transition politique.
Conclusion
Le Professeur Salifou Sylla incarne la mémoire vivante du droit guinéen. Témoin et acteur de l'évolution juridique et politique de son pays depuis l'indépendance, il continue de porter un regard lucide et constructif sur les défis de la Guinée contemporaine.
Son parcours, de l'école coranique de Kindia aux plus hautes fonctions de l'État, illustre parfaitement la trajectoire d'une génération qui a vu naître et grandir la Guinée indépendante. Sa contribution à l'édification d'un système judiciaire digne et indépendant demeure l'un des legs les plus précieux qu'il laisse à son pays.
Homme de conviction et de principe, le Professeur Salifou Sylla reste une référence morale et intellectuelle pour tous ceux qui aspirent à voir s'épanouir en Guinée un véritable État de droit, fondé sur le respect des lois et l'indépendance de la justice.