Le Général Nouhou Thiam (décédé le 17 mai 2020) était un officier supérieur de l'armée guinéenne qui a occupé le poste stratégique de chef d'état-major général des armées pendant la transition militaire de 2010, sous la présidence du Général Sékouba Konaté. Membre influent du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), la junte militaire ayant pris le pouvoir en 2008 après la mort du président Lansana Conté, il s'est notamment illustré en mai 2010 par son engagement public en faveur de la neutralité de l'armée lors des élections présidentielles.
Son parcours a basculé le 19 juillet 2011 lorsqu'il a été arrêté suite à l'attaque de la résidence du président Alpha Condé, passant plus de quatre ans en détention dans des conditions reconnues comme abusives par la justice guinéenne, avant d'être libéré en mars 2016. Diabétique, il est décédé à l'hôpital national Donka de Conakry, laissant derrière lui l'image d'un officier controversé, à la fois acteur de la transition démocratique guinéenne et victime des turbulences politico-militaires qui ont marqué le pays.
Introduction
Le Général Nouhou Thiam demeure l'une des figures militaires les plus marquantes et controversées de l'histoire récente de la Guinée. Chef d'état-major général des armées pendant la période de transition militaire, son parcours illustre les turbulences politiques et institutionnelles qu'a traversées le pays entre 2008 et 2020.
Ascension au sein de l'Armée Guinéenne
Nouhou Thiam a gravi les échelons de l'armée guinéenne pour atteindre le grade de colonel, puis de général. Son ascension s'est accélérée après le coup d'État de décembre 2008, qui a suivi le décès du président Lansana Conté. Il devient membre influent du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), la junte militaire qui prend alors le pouvoir sous la direction du capitaine Moussa Dadis Camara.
Lors de la transition militaire dirigée par le Général Sékouba Konaté, qui succède à Dadis Camara en 2010, Nouhou Thiam est nommé chef d'état-major général des armées. À ce poste stratégique, il occupe l'une des fonctions les plus importantes du pays, supervisant l'ensemble des forces armées guinéennes dans un contexte politique particulièrement délicat.
Engagement pour la Neutralité de l'Armée
En mai 2010, à quelques semaines de l'élection présidentielle prévue pour le 27 juin, le Colonel Nouhou Thiam prend un engagement public crucial devant les leaders politiques réunis au Palais du peuple à Conakry. Il assure solennellement que l'armée guinéenne restera neutre durant tout le processus électoral, marquant ainsi une rupture avec les interventions militaires répétées dans la vie politique guinéenne.
Dans son discours, il déclare avec fermeté que les forces de défense et de sécurité se tiendront à l'écart des considérations partisanes et respecteront le choix du peuple guinéen. Il affirme également que l'armée ne sera plus au service d'une personne mais de la nation tout entière, mettant fin au culte de la personnalité qui avait longtemps caractérisé l'institution militaire. Cette prise de position représente un moment significatif dans l'effort de professionnalisation et de républicanisation de l'armée guinéenne.
Le chef d'état-major va même jusqu'à prévenir que tout dérapage sera sévèrement sanctionné conformément à la loi, et il désigne la police et la gendarmerie, plutôt que l'armée, comme responsables de la sécurisation du scrutin. Pour superviser cette mission délicate, le président intérimaire Général Sékouba Konaté le place à la tête d'une force spéciale chargée de sécuriser les élections présidentielles.
L'Affaire du 19 Juillet 2011 : Le Tournant Tragique
La trajectoire du Général Nouhou Thiam bascule brutalement dans la nuit du 19 juillet 2011, lorsque la résidence du président Alpha Condé, premier président démocratiquement élu de Guinée, est attaquée à l'arme lourde. Cette attaque fait un mort et deux blessés parmi les membres de la garde présidentielle. Bien que le président s'en sorte indemne, l'événement est qualifié de tentative d'assassinat.
Le jour même, à dix heures du matin, des agents de la gendarmerie se présentent au domicile du Général Nouhou Thiam pour l'arrêter. L'ancien chef d'état-major, qui avait été limogé par Alpha Condé peu après son arrivée au pouvoir, se retrouve immédiatement soupçonné d'implication dans cette attaque. Son arrestation marque le début d'un long calvaire judiciaire qui durera plus de quatre ans.
Détention et Mauvais Traitements
Les conditions de détention du Général Thiam soulèvent rapidement des questions sur le respect des droits humains. Selon des témoignages recueillis lors du procès, il aurait été victime de violences physiques dès son arrestation. Baba Aliou Barry, ex-chef d'état-major des forces armées, témoigne en janvier 2013 avoir vu le commandant Mory, agent de la garde présidentielle, frapper le Général Nouhou Thiam sous ses yeux à la gendarmerie du PM3 de Matam.
Le Général est inculpé pour désertion, l'accusation reposant sur le fait qu'il n'était pas à son poste au moment de l'attaque contre la résidence présidentielle. Ses coaccusés sont poursuivis pour violation de consignes dans le cadre de la discipline militaire. Pourtant, malgré ces charges relativement mineures au regard du Code pénal guinéen, qui prévoit des peines de trois mois à deux ans pour désertion, le Général Thiam et ses coaccusés restent en détention préventive pendant plus de trois ans sans être jugés, le tribunal militaire censé les juger n'existant que sur le papier.
Reconnaissance de Détention Abusive
En décembre 2014, le tribunal de première instance de Kaloum reconnaît le caractère abusif de cette détention. La juridiction condamne l'État guinéen à verser cinquante millions de francs guinéens au Général Nouhou Thiam et au Colonel Sadou Diallo à titre de dommages et intérêts. Le tribunal constate que la durée de la détention provisoire dépasse largement le maximum de la peine prévue par le Code pénal et constitue une atteinte grave à la liberté individuelle.
Cette décision judiciaire, bien que symbolique selon les avocats de la défense qui avaient sollicité cent milliards de francs guinéens, établit officiellement l'illégalité de la détention. Cependant, malgré cette reconnaissance, le Général Thiam et ses coaccusés demeurent incarcérés à la Maison centrale de Conakry, dans l'attente de la construction effective du tribunal militaire ou de l'octroi d'une liberté provisoire.
Le Procès et la Libération
Le procès des six anciens responsables militaires s'ouvre finalement en décembre 2015, en présence des ministres de la Justice et de la Défense. Au banc des accusés figurent le Général Nouhou Thiam et cinq autres officiers, dont l'ancien préfet de Dubréka, le lieutenant-colonel Mamadouba Bondabon Camara. Le garde des Sceaux, Cheick Sako, appelle à un procès exemplaire dans un pays cherchant à tourner la page des interventions militaires dans la sphère politique.
Le 3 mars 2016, après quatre ans et demi de détention, le Général Nouhou Thiam et ses coaccusés retrouvent enfin la liberté. Le tribunal militaire les reconnaît coupables de désertion et de violation des consignes en période d'attaque armée, mais leur accorde des circonstances atténuantes en raison de leurs casiers judiciaires vierges et du fait que la juridiction militaire en était à sa première expérience. Les prévenus sont condamnés au temps déjà passé en prison et à un franc symbolique.
Nouveaux Ennuis Judiciaires
La libération du Général Thiam ne marque pas la fin de ses démêlés avec la justice. En octobre 2017, il est de nouveau convoqué à comparaître devant le tribunal de Dixinn pour des accusations de torture. Avec d'autres responsables militaires, dont l'ancien gouverneur de la ville de Conakry, le commandant Sékou Resco Camara, il est accusé d'avoir torturé, le 23 octobre 2010, plusieurs personnes à l'escadron mobile de la gendarmerie d'Hamdallaye.
Ces arrestations faisaient suite à un incident au cours duquel le cortège du Général Sékouba Konaté, président de la transition à l'époque, avait été caillassé. Les victimes étaient principalement des commerçants et artisans travaillant à proximité du lieu de l'incident. Le procès, ouvert en février 2018, voit le Général Thiam et le commandant Sékou Resco Camara accusés de racisme, ethnocentrisme, régionalisme, abus d'autorité, coups et blessures volontaires, arrestations arbitraires, séquestrations et complicité.
Décès et Hommages
Le Général Nouhou Thiam décède le 17 mai 2020 à l'hôpital national Donka de Conakry, des suites du diabète dont il souffrait. Sa mort suscite de nombreuses réactions dans les milieux militaires et politiques guinéens. Le ministère de la Défense nationale adresse ses condoléances à la famille biologique et à l'ensemble des forces armées guinéennes, saluant celui qui fut chef d'état-major de l'armée.
Plusieurs personnalités politiques rendent hommage au Général Thiam. L'honorable Aly Kaba, chef de la majorité parlementaire, reconnaît en lui un des cadres de l'armée qui a marqué l'histoire. L'opposant Bah Oury, qui fut lui-même compagnon d'infortune du Général dans les vicissitudes judiciaires, le décrit comme un personnage entier. Même le capitaine Moussa Dadis Camara, ancien leader de la junte de 2008, exprime sa tristesse, affirmant que ce décès lui a rappelé la fragilité de l'existence humaine et l'importance de faire le bien sur terre.
Alpha Saliou Wann, autre compagnon d'infortune dans l'affaire du 19 juillet 2011, livre un témoignage particulièrement émouvant sur leur captivité commune. Il révèle que le Général Thiam avait failli être lynché au PM3, sauvé in extremis par l'intervention courageuse d'un jeune béret rouge révolté par les mauvais traitements infligés à son supérieur. Wann souligne également que les autorités ont poussé la cruauté jusqu'à empêcher le Général de se recueillir sur la dépouille de son père décédé alors qu'il était en prison, et que jusqu'à sa mort, il était en résidence surveillée.
Inhumation dans l'Intimité
Le 22 mai 2020, le Général Nouhou Thiam est inhumé au cimetière de Cameroun à Conakry dans la plus grande intimité. Contrairement aux usages pour les hauts gradés ayant servi la nation, aucun hommage officiel d'envergure n'est rendu. L'absence de cérémonies militaires d'honneur pour celui qui fut l'un des hommes forts du régime du CNDD et chef d'état-major général des armées surprend les observateurs, même si certaines sources l'expliquent par les restrictions sanitaires liées à la pandémie de coronavirus.
Un Héritage Controversé
Le parcours du Général Nouhou Thiam reflète les contradictions et les turbulences de l'armée guinéenne post-Conté. Officier supérieur ayant atteint les plus hauts échelons de la hiérarchie militaire, il incarne à la fois les tentatives de professionnalisation de l'institution militaire et les difficultés persistantes à établir une armée véritablement républicaine et apolitique.
Son engagement public pour la neutralité de l'armée lors des élections de 2010 représente un moment important dans l'histoire politique guinéenne, même si les événements ultérieurs ont assombri ce legs. Sa longue détention, reconnue comme abusive par la justice guinéenne, témoigne des dysfonctionnements persistants du système judiciaire et des tensions au sein de l'appareil sécuritaire guinéen.
Le Général Nouhou Thiam restera dans la mémoire collective comme une figure complexe, à la fois acteur de la transition démocratique et victime des luttes de pouvoir qui ont suivi l'élection d'Alpha Condé. Son histoire personnelle illustre les défis que continue de relever la Guinée dans sa quête de consolidation démocratique et de professionnalisation de ses institutions, particulièrement de son armée.