Addi Bâ (Mamadou Hady Bah)

Addi Bâ (Mamadou Hady Bah)
Prénom
Mamadou Hady
Nom
Bah
Surnom
Addi Bâ
Pays de naissance
Guinée

Mamadou Hady Bah, dit Addi Bâ, né en Guinée en 1916 dans le Fouta Djalon, est un héros méconnu de la Résistance française. Arrivé en France en 1937 comme domestique, il s'engage volontairement dans le 12e régiment de tirailleurs sénégalais en 1939. Fait prisonnier en juin 1940, il s'évade et rejoint les Vosges où il devient l'un des premiers résistants de la région. En février 1943, ce petit homme de 1,55 m au charisme exceptionnel est désigné chef du maquis de la Délivrance, premier maquis vosgien, qu'il crée avec Marcel Arburger pour accueillir les réfractaires au STO.

Surnommé "le terroriste noir" par la propagande allemande, il est arrêté le 18 juillet 1943, torturé pendant des mois sans jamais parler, puis fusillé avec son camarade Arburger le 18 décembre 1943 à Épinal, à l'âge de 27 ans. Tombé dans l'oubli pendant six décennies, il reçoit enfin la médaille de la Résistance à titre posthume en 2003, et son histoire inspire le roman "Le Terroriste noir" de Tierno Monénembo (2012) ainsi que le film "Nos patriotes" (2017).

Introduction

Mamadou Hady Bah, plus connu sous le nom d'Addi Bâ, naît dans le village de Pelli-Foulayabé (également orthographié Pelli Foulayankés, signifiant "la montagne des Peuls" en langue pular), situé dans la région montagneuse du Fouta Djalon en Guinée française. Fils de Hawa et Thierno Ibrahima Bah, il grandit au sein d'une famille peule comptant trois frères et une sœur.

La date exacte de sa naissance demeure incertaine, témoignant des lacunes administratives de l'époque coloniale. Selon les différents documents officiels, trois années sont mentionnées : 1905 d'après l'état civil établi en 1953, 1911 selon son dossier militaire, et 1916 sur son acte de décès. Les recherches du journaliste Étienne Guillermond tendent à privilégier l'année 1916 comme la plus probable. Quant au jour de naissance, le 25 décembre figurant sur certains documents ne reflète que la pratique administrative française de l'époque, qui attribuait arbitrairement des dates symboliques comme Noël, le Nouvel An ou le 14 juillet aux Africains dont la date de naissance exacte était inconnue.

L'Arrivée en France et l'Engagement Militaire

Addi Bâ arrive en France métropolitaine entre 1937 et 1938, dans la famille d'un percepteur colonial affecté à Conakry. Il séjourne d'abord pendant environ un an à Langeais, en Indre-et-Loire, où il exerce les fonctions de domestique auprès de ce fonctionnaire français. Cette période le familiarise avec la société française avant qu'il ne rejoigne Paris.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en septembre 1939, Addi Bâ fait un choix déterminant : il s'engage volontairement dans l'armée française. Incorporé au 12e régiment de tirailleurs sénégalais en avril 1940, ce jeune homme de petite taille (1,55 m) fait preuve d'un courage remarquable lors des combats. Il participe aux violents affrontements de juin 1940 dans les Ardennes, sur la Meuse et dans l'Argonne, face à l'offensive allemande.

Le 19 juin 1940, son régiment est contraint de se rendre. Fait prisonnier par les Allemands, Addi Bâ réussit néanmoins à s'évader avec une quarantaine de ses camarades tirailleurs, échappant ainsi au massacre de la forêt de Brillon qui coûtera la vie à cinquante tirailleurs les 15 et 16 juin 1940.

L'Installation dans les Vosges et l'Entrée en Résistance

Après son évasion, Addi Bâ se réfugie dans le petit village vosgien de Tollaincourt, dans les Vosges, en octobre 1940. L'arrivée de ce jeune Africain dans cette région rurale de Lorraine suscite d'abord étonnement et curiosité. Sa petite stature, son caractère audacieux, charismatique et facétieux, ainsi que son patriotisme affiché déconcertent puis séduisent progressivement la population locale.

Dans la grisaille de l'Occupation, l'insouciance apparente et l'exubérance d'Addi Bâ fascinent les habitants. Les familles lui ouvrent leurs portes, les enfants l'adorent. Le ferblantier Marcel Arburger, futur chef de secteur de la Résistance locale, reconnaît immédiatement en lui une recrue de choix : rusé, débrouillard, courageux et libre d'esprit.

Dès 1941, Addi Bâ s'engage dans l'action clandestine, devenant l'un des premiers résistants de la région. Il accomplit successivement diverses missions essentielles : passeur de prisonniers évadés vers la Suisse (faisant passer une quarantaine de tirailleurs), recruteur de nouveaux résistants, et agent de liaison entre différents groupes.

Chef du Premier Maquis Vosgien

En février 1943, Addi Bâ est désigné comme chef du maquis de la Délivrance, premier maquis des Vosges, qu'il crée avec Marcel Arburger près de Neufchâteau et Tollaincourt. Cette structure clandestine a pour objectif principal d'accueillir et de protéger les jeunes hommes réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) imposé par l'occupant allemand. Le maquis accueillera près de 150 réfractaires, leur offrant refuge et encadrement.

L'efficacité et l'audace d'Addi Bâ dans ses actions de résistance lui valent de la part de la propagande allemande le surnom de "terroriste noir", témoignant de la crainte qu'il inspire à l'occupant. Sa personnalité à la fois intransigeante et attachante, son autorité naturelle, sa générosité et son humour marquent profondément tous ceux qui le côtoient.

Arrestation, Torture et Exécution

Le 14 ou 18 juillet 1943 (les sources divergent sur la date exacte), la Gestapo et les troupes de la Feldkommandantur d'Épinal lancent une opération pour démanteler le maquis. Addi Bâ est arrêté à Tollaincourt. Son camarade Marcel Arburger est capturé peu après.

Transféré à Épinal, Addi Bâ subit la torture pendant plusieurs mois dans les locaux de la Gestapo. Malgré les sévices endurés, il refuse obstinément de parler et ne livre aucune information sur ses camarades résistants ou sur l'organisation du réseau. Cette détermination et ce silence héroïque témoignent de son courage exceptionnel et de sa loyauté envers ses compagnons de lutte.

Le 18 décembre 1943, Addi Bâ et Marcel Arburger sont fusillés ensemble au plateau de la Vierge à Épinal, pour actes de franc-tireur. Addi Bâ n'a que 26 ou 27 ans. Son corps repose aujourd'hui au cimetière militaire de Colmar, et son nom figure sur le monument aux morts d'Épinal.

L'Oubli puis la Reconnaissance Tardive

Contrairement à d'autres résistants décorés dès la Libération, le nom d'Addi Bâ disparaît des hommages officiels pendant des décennies. Sa mémoire, comme celle de nombreux soldats coloniaux, tombe dans l'oubli institutionnel.

Il faut attendre la fin des années 1980 pour que le colonel Maurice Rives, ancien officier de l'infanterie coloniale, entreprenne de raviver cette mémoire. Ses efforts, conjugués aux recherches minutieuses du journaliste vosgien Étienne Guillermond (qui consacrera dix années d'enquête à reconstituer le parcours d'Addi Bâ) et aux témoignages des habitants de Tollaincourt, permettent finalement de documenter et de faire reconnaître le rôle majeur de ce héros oublié.

En juillet 2003, soixante ans après sa mort, Addi Bâ reçoit enfin à titre posthume plusieurs distinctions : la médaille de la Résistance française, la croix du Combattant volontaire de la Résistance avec barrettes "engagé volontaire" et "libération", l'insigne des blessés, ainsi que la médaille commémorative de la Guerre 1939-1945. Deux de ses neveux sont invités en France pour recevoir ces décorations lors d'une cérémonie officielle, avant que d'autres hommages ne soient organisés dans son village natal de Pelli-Foulayabé, en Guinée.

Un Héritage Culturel et Mémoriel

L'histoire d'Addi Bâ inspire plusieurs œuvres culturelles importantes. En 2010, l'ancien footballeur Lilian Thuram lui consacre un chapitre dans son ouvrage Mes étoiles noires, portant sur les grandes personnalités noires de l'histoire.

En 2012, l'écrivain guinéen Tierno Monénembo publie Le Terroriste noir aux éditions du Seuil, roman qui retrace de manière romanesque la vie d'Addi Bâ et reprend le surnom que lui avait donné la propagande allemande. Cette œuvre remporte plusieurs prix prestigieux : le prix Erckmann-Chatrian, le Grand prix du roman métis et le prix Ahmadou-Kourouma.

En 2013, Étienne Guillermond publie Addi Bâ, résistant des Vosges aux éditions Duboiris, fruit de ses dix années de recherches. La même année, les Archives Départementales d'Épinal et l'ONAC organisent une exposition consacrée au héros guinéen.

En 2017, le réalisateur Gabriel Le Bomin adapte très librement cette histoire dans le film Nos patriotes, avec Marc Zinga dans le rôle principal, aux côtés d'Alexandra Lamy et Louane, sorti en juin 2017.

Hommages Contemporains

Plusieurs lieux honorent aujourd'hui la mémoire d'Addi Bâ. Des rues portent son nom à Tollaincourt et Langeais, les deux villes françaises où il a vécu. Le 18 décembre 2023, jour du 80e anniversaire de sa mort, une esplanade Mamadou-Addi-Bâ est inaugurée à Épinal.

La 47e promotion (2017-2018) de l'Institut régional d'administration de Lyon choisit son nom comme baptême pour honorer sa mémoire. En 2022, le rappeur Furax Barbarossa le cite en exemple dans son morceau Milliard : "Parle-leur de collabos, du résistant Addi Bâ".

L'historien Gérard Noiriel consacre le dernier épisode de la saison 2 de sa série "La Voix des invisibles" à Mamadou Hady Bah, participant ainsi à faire connaître cette figure exceptionnelle de la Résistance aux nouvelles générations.

Un Symbole de Fraternité Franco-Guinéenne

Addi Bâ incarne un symbole puissant : celui du devoir de mémoire et de la fraternité d'armes entre la France et la Guinée, unies par le sang versé pour la cause de la Liberté. Premier Africain guinéen musulman à s'être engagé dans la Résistance française, son parcours rappelle la contribution essentielle des soldats coloniaux à la lutte contre le nazisme, contribution longtemps minimisée ou oubliée dans le récit national français.

Son histoire illustre également les contradictions de l'empire colonial français : des hommes comme Addi Bâ, animés par des valeurs républicaines et un patriotisme sincère, devaient composer avec leur condition subalterne dans une société marquée par le racisme et les hiérarchies coloniales.

Aujourd'hui, de nombreux jeunes de toutes origines se réapproprient l'histoire d'Addi Bâ, y trouvant une source d'inspiration et un rappel que les valeurs de résistance, de courage et de dignité transcendent les origines. Son sacrifice et son héroïsme demeurent un exemple universel de lutte pour la liberté face à l'oppression.