Aboubacar Makissa Camara

Aboubacar Makissa Camara
Prénom
Aboubacar Makissa
Nom
Camara
Pays de naissance
Guinée

Aboubacar Makissa Camara est un haut fonctionnaire guinéen, ancien directeur général des impôts de la République de Guinée, nommé à ce poste par le président Alpha Condé en janvier 2016 et limogé en décembre 2021 à la suite du coup d'État du colonel Mamadi Doumbouya. Titulaire de plusieurs diplômes obtenus en France — dont deux masters à l'Université Paris-Dauphine et à l'Université Paris 13, ainsi qu'un Diplôme supérieur de comptabilité au CNAM de Paris —, il s'est imposé pendant six ans comme l'un des réformateurs les plus actifs de l'administration fiscale ouest-africaine, multipliant les performances budgétaires, modernisant les procédures via la digitalisation et faisant adopter en 2021 un nouveau Code général des impôts à l'unanimité par le Parlement guinéen.

Récompensé à plusieurs reprises sur le plan international, notamment par le Prix Africain de Développement à Abidjan en 2019, il est depuis l'avènement de la junte militaire poursuivi par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d'enrichissement illicite, de corruption et de blanchiment de capitaux — des accusations qu'il conteste, se trouvant à l'étranger pour des raisons qu'il dit médicales, tandis que son procès, ouvert en janvier 2026, suit son cours devant la juridiction spécialisée de Conakry.

Introduction

Aboubacar Makissa Camara est une figure centrale de l'administration fiscale guinéenne. Né à Fria, dans la région de Boké en République de Guinée, il a dirigé la Direction nationale des impôts (DNI) pendant près de six ans — de janvier 2016 à décembre 2021 — sous la présidence d'Alpha Condé. Inspecteur des services financiers et comptables de formation, il s'est imposé comme l'un des techniciens les plus chevronnés de la fiscalité en Afrique de l'Ouest, combinant une double culture académique franco-guinéenne à une pratique concrète des réformes administratives. Son passage à la tête de cette institution a été marqué par des transformations structurelles ambitieuses, des performances financières remarquables et une reconnaissance internationale répétée. Depuis le coup d'État militaire du 5 septembre 2021 qui a renversé le président Alpha Condé, son nom est associé à une procédure judiciaire pour des faits présumés de crimes économiques et financiers, instruite par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) de Guinée. Une affaire qui divise l'opinion et qui, à ce jour, n'a pas encore connu de dénouement définitif.

Des origines modestes à une formation d'excellence

Aboubacar Makissa Camara est issu d'un milieu ordinaire. Il effectue ses études primaires à l'école élémentaire de Matoto, poursuit sa scolarité secondaire à Sangoyah, puis intègre le lycée de Yimbayah, à Conakry. Après l'obtention de son baccalauréat, il est admis à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où il termine major de sa promotion — une première distinction qui annonce la couleur de son parcours.

En 1997, il réussit un concours d'entrée à la fonction publique et est recruté comme contractuel de l'État au ministère des Finances. Il bénéficie rapidement d'une formation complémentaire à l'École nationale des régies financières (ENAREF) de Ouagadougou, au Burkina Faso. À son retour, il est affecté en 2000 à la Direction nationale des impôts.

Mais Aboubacar Makissa Camara ne se satisfait pas de cette position. Convaincu que l'avenir appartient à ceux qui disposent de compétences solides et diversifiées, il décide de poursuivre ses études en Europe. Il intègre d'abord l'Université Saint-Serge à Paris, puis l'Université Paris 13 Villetaneuse, où il décroche en 2001 une licence professionnelle en administration publique au sein de la Faculté de droit, des sciences politiques et sociales.

En 2002, il obtient un Diplôme supérieur de comptabilité (DSC) au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) de Paris. Il enchaîne ensuite avec un master professionnel d'administration fiscale à l'Université Paris-Dauphine, puis un second master en droit fiscal européen et international à l'Université Paris 13. Fort de ce double bagage académique, il envisage un doctorat, mais choisit finalement de rentrer en Guinée pour mettre ses compétences au service de son pays. « On se sent plus à l'aise chez soi que nulle part ailleurs », déclarait-il en 2012.

Directeur national des impôts

C'est par décret présidentiel du 14 janvier 2016 qu'Alpha Condé nomme Aboubacar Makissa Camara à la tête de la Direction nationale des impôts, en remplacement de Ouo Oua Waita Monémou. Ce choix s'inscrit dans la politique de rajeunissement et de féminisation de l'administration guinéenne promue par le chef de l'État.

Dès sa prise de fonction, Aboubacar Makissa Camara affiche ses ambitions : miser sur les compétences, rajeunir les équipes et viser l'excellence dans la mobilisation des recettes fiscales. Il passe rapidement des paroles aux actes. En quelques semaines, il procède à une vaste réorganisation interne, nommant de jeunes cadres et des femmes à des postes de responsabilité au sein des sections et divisions de la DNI, en accord avec les critères d'équité, de compétence et d'expérience.

Sur le plan financier, les résultats sont parlants. À sa prise de fonction, les recettes fiscales étaient bloquées autour de 4 000 milliards de francs guinéens. En 2017, elles atteignent plus de 5 000 milliards. Les prévisions pour 2018 grimpent aux alentours de 7 500 milliards. À fin mars 2017, sur un objectif fixé à 1 032,22 milliards, la DNI enregistre un montant de 1 036,84 milliards, soit un taux d'exécution de 100,45 %. Des postes comme les impôts sur les sociétés (120,47 %), les impôts sur les revenus retenus à la source (124,88 %) ou encore les timbres fiscaux (141,21 %) affichent des excédents notables.

Parmi les réformes structurelles les plus significatives figurent la sécurisation des recettes des droits de timbre pour les véhicules, la création du Numéro d'Identification Fiscale pour les Personnes physiques (NIF-P) et la mise en place des Centres de gestion agréés (CGA), destinés à élargir l'assiette fiscale. Aboubacar Makissa Camara impulse également un rapprochement stratégique entre la DNI et les établissements bancaires du pays, une collaboration autorisée par le Parlement guinéen dans le but d'améliorer le suivi et la traçabilité des flux financiers des opérateurs économiques.

Il s'attache aussi à la modernisation technologique de son administration, en accélérant la dématérialisation des procédures fiscales à travers les solutions eTax et SAFiG. Ces outils permettent aux contribuables de déclarer et régler leurs impôts à distance, réduisant les délais de traitement, renforçant la sécurisation des paiements et améliorant la communication entre l'administration et les usagers. Il évaluera lui-même l'impact de ces transformations dans un ouvrage académique rigoureux, publié sous le titre La digitalisation et le big data : quels impacts sur la performance de l'administration fiscale en République de Guinée — une contribution intellectuelle qui témoigne de son attachement permanent à la recherche et à la réflexion théorique.

Sur le plan managérial, il développe également une culture du contrôle fiscal proactif, multipliant les rencontres avec les cadres des différents services — notamment le Service des Moyennes Entreprises (SME) — pour impulser une mobilisation encore plus accrue des recettes et rappeler que l'efficacité de l'administration passe avant tout par l'implication de chaque agent sur le terrain.

L'un des temps forts institutionnels de son mandat reste l'adoption, en mai 2021, du nouveau Code général des impôts par l'Assemblée nationale guinéenne, à l'unanimité. Ce texte, fruit d'un long travail de concertation avec l'ensemble des acteurs concernés, modernise en profondeur le cadre juridique fiscal du pays et débarrasse l'ancienne loi fiscale de ses lacunes les plus criantes.

Une reconnaissance africaine et internationale

Les performances réalisées sous la direction d'Aboubacar Makissa Camara ne passent pas inaperçues sur le continent. En octobre 2017, il représente la Guinée lors d'un forum économique à Casablanca, au Maroc, où il vante les réformes fiscales engagées dans son pays et leur attractivité pour les investisseurs étrangers. Il y souligne notamment les simplifications fiscales menées et la collaboration renforcée entre la DNI et les établissements bancaires.

En mars 2019, à Abidjan, il reçoit lors de la 5e édition du Prix Africain de Développement (PAD), organisé par l'agence ivoirienne Ivoire Prestige Services Communication, le prix du meilleur agent pour le professionnalisme et le développement des impôts dans la catégorie fiscale. Cette même période voit aussi la fondation PADEV et la fondation 225 le distinguer comme le meilleur gestionnaire des régies financières en Afrique.

En dehors de la sphère fiscale, il s'implique dans la formation de la jeunesse guinéenne à travers son mouvement Wo Alou Akha Kha Wali Ra Gnon, qui initie notamment un programme de bourse numérique pour préparer les jeunes diplômés aux métiers de l'information et de la communication. À Fria, sa ville natale, la 38e promotion du Centre de formation technique et professionnelle porte son nom, lors d'une cérémonie solennelle tenue en novembre 2019.

La chute : limogeage, accusations et exil

Le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya renverse le président Alpha Condé lors d'un coup d'État militaire. En décembre de la même année, Aboubacar Makissa Camara est limogé par décret du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), et remplacé à la tête de la DNI par Mory Camara, jusqu'alors directeur du Service des moyennes entreprises.

Les mois qui suivent voient se succéder les procédures judiciaires. La CRIEF, juridiction spécialisée dans la répression des crimes économiques et financiers, l'inculpe pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption et blanchiment de capitaux. En juillet 2022, un mandat d'arrêt international est émis à son encontre, et ses biens — notamment des villas à Dubréka et dans la préfecture de Fria — sont saisis.

À l'étranger depuis le coup d'État, Aboubacar Makissa Camara ne se présente pas aux audiences. Son avocat, Me Salifou Béavogui, puis Me Soufiane Kouyaté, justifient son absence par des raisons médicales et des engagements académiques. La défense conteste la qualification de « fuyard » et assure que son client ne se reproche rien.

Le procès s'ouvre officiellement le 12 janvier 2026 devant la chambre de jugement de la CRIEF. L'audience voit la cour ordonner la vérification de l'ensemble des comptes bancaires du prévenu et de sa famille auprès des banques primaires du pays, ainsi que l'identification de ses biens immobiliers à Conakry, à Kindia et à l'intérieur du pays via la Direction nationale des domaines et du cadastre. L'affaire est renvoyée au 4 mars 2026, en attente de l'exécution complète de ces mesures conservatoires.

Un regard tourné vers l'avenir, depuis l'exil

Depuis la France, où il dit résider pour des raisons de santé et de formation, Aboubacar Makissa Camara ne s'est pas totalement retiré de l'espace public. À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes en mars 2024, il adresse un message aux femmes de Guinée, appelant à la paix, à la tolérance et à la cohésion nationale. En août 2024, à l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance de la Guinée, il publie une méditation spirituelle et civique, invitant ses compatriotes à œuvrer pour une nation plus juste et plus solidaire.

Ces prises de parole dessinent le portrait d'un homme qui, malgré les procédures judiciaires en cours, entend rester une voix dans le débat public guinéen, en défendant des valeurs de dialogue et de réconciliation.

Conclusion

Aboubacar Makissa Camara reste une personnalité complexe et controversée de la Guinée contemporaine. Réformateur reconnu à l'échelle africaine pour sa gestion de l'administration fiscale, il est aussi au cœur d'une procédure judiciaire emblématique de la lutte que mène la junte guinéenne contre les présumés crimes économiques de l'ère Condé. Son destin illustre, à bien des égards, les tensions profondes qui traversent les États africains en transition : entre la volonté légitime d'assainir la gestion publique et les risques de justice instrumentalisée à des fins politiques. La vérité judiciaire sur son cas n'appartient qu'aux tribunaux, et le principe de présomption d'innocence reste, en tout état de cause, un pilier incontournable.

Son parcours — de l'école de Matoto aux universités parisiennes, puis aux sommets de l'administration fiscale guinéenne — reste, quelle que soit l'issue judiciaire, un exemple de trajectoire méritocratique dans un pays encore en quête de ses institutions durables. L'histoire retiendra en tout cas qu'il a contribué, pendant six ans, à transformer profondément la manière dont la Guinée perçoit, collecte et administre ses recettes fiscales.