Alpha Wess, de son vrai nom Mohamed Bangoura, est un chanteur emblématique du reggae guinéen et membre fondateur du MOURAG (Mouvement Rasta de Guinée). Auteur-compositeur-interprète engagé, il a marqué la scène musicale par son style unique fusionnant le reggae roots avec des instruments traditionnels africains comme la kora, le n'goni et la flûte peule. Polyglotte, il chante en pular, français, soussou, anglais et malinké pour amplifier la portée de ses messages dénonçant les injustices sociales et la corruption politique en Guinée.
Après avoir sorti "Baadé Gemba" (2000) et "Le Choc des Cultures" (2004), il a été contraint à l'exil en France suite à une tentative d'assassinat, conséquence de ses critiques ouvertes contre le régime de Lansana Conté. Après une décennie de silence, il est revenu en 2018 avec son album "Dounia", poursuivant son combat musical pour la justice et la paix tout en ayant obtenu un diplôme de droit à l'université Paris 3.
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Introduction
Alpha Wess, de son vrai nom Mohamed Bangoura, est l'une des figures emblématiques du reggae guinéen. Auteur-compositeur-interprète engagé, il s'est forgé une réputation grâce à sa musique qui dénonce les injustices sociales et politiques de son pays natal.
Les débuts d'un artiste engagé
Né en Guinée, Alpha Wess commence sa carrière musicale en 1990. Initialement attiré par l'écriture, il choisit finalement la musique comme moyen d'expression pour toucher un public plus large, notamment les 65% de Guinéens illettrés. Sa conviction : "l'essentiel n'est pas de dire, mais d'être entendu".
C'est en 2000 qu'il sort son premier album "Baadé Gemba", qui lui vaut une reconnaissance immédiate. La même année, il publie un maxi single de quatre titres intitulé "Wé yéfa wéé tèssiga", œuvre qui sera achetée puis détruite par le pouvoir en place, préfigurant les difficultés qu'il rencontrera par la suite.
Une musique enracinée dans la tradition
Alpha Wess se distingue par un style reggae roots enrichi d'instruments traditionnels africains comme la kora, le n'goni et la flûte peule. Polyglotte talentueux, il chante en pular, français, soussou, anglais et malinké pour que son message atteigne le plus grand nombre.
Membre fondateur du MOURAG (Mouvement Rasta de Guinée), il se produit tantôt avec un big band (saxophone, guitare, batterie, basse et clavier), tantôt dans une ambiance plus acoustique et traditionnelle.
L'exil forcé d'un artiste censuré
En 2004, son deuxième album "Koutou Koutou" (rebaptisé internationalement "Le Choc des Cultures") marque un tournant dans sa vie. Dans cet opus, Alpha Wess critique ouvertement le régime du président Lansana Conté et dénonce la corruption des élites guinéennes qui s'accaparent les richesses du pays, pourtant abondantes en ressources naturelles.
Les conséquences sont immédiates : interdiction de se produire en concert, censure de son album, et finalement, le 12 juin 2004, une tentative d'assassinat qui le pousse à l'exil en France le 20 juin suivant.
Renaissance artistique après l'exil
Installé à Paris, Alpha Wess poursuit son combat musical tout en obtenant un diplôme de droit à l'université Paris 3. Après une décennie de silence discographique, il revient en 2018 avec "Dounia" (ou "Dounouya"), son troisième album comportant douze titres.
Dans cette œuvre, il aborde des thèmes qui lui sont chers : l'amour, la paix, la justice, mais aussi la dénonciation de la corruption et des maux qui continuent d'affliger son pays.
Un héritage musical significatif
Alpha Wess s'inscrit dans la lignée des grands artistes ouest-africains comme Alpha Blondy ou Tiken Jah Fakoly. Sa musique, à la fois critique et porteuse d'espoir, fait de lui une voix importante du reggae africain engagé.
Sa capacité à fusionner le reggae avec les sonorités traditionnelles africaines, tout en délivrant des messages forts en plusieurs langues, témoigne de son talent unique et de son engagement indéfectible pour un monde plus juste.