Aïssatou Boiro

Aïssatou Boiro
Prénom
Aïssatou
Nom
Boiro
Date de naissance
Date de décès
Pays de naissance
Guinée

Aïssatou Boiro, née en 1954 à Koundara en Guinée, était une haute fonctionnaire guinéenne reconnue pour son intégrité exceptionnelle et son combat acharné contre la corruption. Nommée directrice nationale du Trésor public début 2012 par le président Alpha Condé, elle s'est illustrée en démantelant un important réseau de détournement de fonds publics (environ 1,5 million d'euros) en mai 2012.

Décrite comme une femme courageuse, incorruptible et déterminée, elle a été assassinée le 9 novembre 2012 à Conakry par des hommes armés, alors qu'elle regagnait son domicile sans protection particulière malgré les menaces reçues. Son meurtre, qui a provoqué une vive émotion nationale et internationale, a été perçu comme une tentative d'intimidation visant à freiner la lutte contre la corruption aux plus hauts niveaux de l'État guinéen. Elle laissait derrière elle son époux Ibrahima Boiro, professeur universitaire et chercheur, ainsi que quatre enfants.

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Introduction

Née en 1954 à Koundara, dans le nord de la Guinée, Aïssatou Boiro incarnait les valeurs d'intégrité et de droiture dans un pays où la corruption gangrène souvent les institutions. Sa carrière exemplaire au service de l'État guinéen a été brutalement interrompue le 9 novembre 2012, lorsqu'elle a été assassinée par des hommes armés à Conakry, laissant derrière elle un héritage de courage et de détermination.

Carrière et lutte contre la corruption

Au début de l'année 2012, Aïssatou Boiro est nommée directrice nationale du Trésor public de la République de Guinée par le président Alpha Condé. Ce poste stratégique lui confère d'importantes responsabilités dans la gestion des finances publiques du pays.

Durant son mandat, elle s'est rapidement distinguée par son engagement inébranlable contre la corruption. En mai 2012, elle joue un rôle déterminant dans le démantèlement d'un réseau criminel qui avait tenté de détourner 13 milliards de francs guinéens (environ 1,5 million d'euros). Cette opération d'envergure avait conduit à l'interpellation de plusieurs cadres du ministère des Finances, du Trésor public et de la Banque centrale.

Selon le ministre des Finances de l'époque, Kerfalla Yansané, Aïssatou Boiro avait contribué à mettre en place un "système méticuleux de contrôle des dépenses publiques" qui permettait de "déjouer les diverses tentatives de fraude". Cette rigueur et cette détermination lui ont malheureusement valu la haine de certains groupes d'intérêts.

Assassinat qui a choqué la Guinée

Le soir du 9 novembre 2012, alors qu'elle regagnait son domicile après une journée de travail, Aïssatou Boiro a été abattue par des hommes armés dans le quartier huppé de Kipé, en banlieue de Conakry. L'informaticien Paul Temple Cole a également été tué lors de cette attaque. Selon l'examen médico-légal, elle a succombé à deux blessures par balle à la poitrine.

Ce qui rend ce crime encore plus troublant est que, malgré les menaces de mort qu'elle avait reçues, Aïssatou Boiro n'avait pas bénéficié de mesures de protection particulières. Le jour de son assassinat, elle était seule avec son chauffeur, sans garde du corps.

Cet acte odieux a provoqué une onde de choc en Guinée et suscité une vive émotion nationale. Le président Alpha Condé s'est personnellement rendu auprès de la famille de la défunte pour présenter ses condoléances. En hommage à cette servante de l'État, le gouvernement a décrété le 13 novembre 2012 journée de deuil national. Une cérémonie officielle s'est déroulée au Palais du Peuple à Conakry, où la dépouille d'Aïssatou Boiro était exposée. De nombreuses personnalités ont rendu hommage à son courage et à son engagement.

Symbole international de la lutte contre la corruption

L'assassinat d'Aïssatou Boiro a également provoqué une vague d'indignation internationale. De nombreuses institutions et pays ont condamné cet acte, notamment :

  • L'ambassadeur de France en Guinée, Bertrand Cochery
  • Le département d'État des États-Unis, qui a publié un communiqué officiel le 14 novembre 2012
  • Le représentant du Fonds monétaire international (FMI) en Guinée, Aziz Wann, qui a décrit Aïssatou Boiro comme "l'image d'une Guinée qui change"
  • Le représentant de l'Union européenne en Guinée, Philipe Van Dame

L'ONG Human Rights Watch a également dénoncé cet assassinat, soulignant qu'il s'agissait de "bien plus qu'une tragédie individuelle" et appelant le gouvernement à "intensifier la lutte contre la corruption qui, depuis des décennies, nuit au développement du pays et au respect des droits humains en Guinée".

Enquête et poursuites judiciaires

L'enquête sur l'assassinat d'Aïssatou Boiro a connu plusieurs rebondissements au fil des années. Le 29 décembre 2012, deux suspects ont été présentés à la presse par la direction centrale de la Police Judiciaire : Alpha Oumar Bah, dit Mbewal, un Guinéen de 27 ans, et Mohamed Sankhon, de nationalité sierra-léonaise. Selon les autorités, ces deux individus faisaient partie d'un gang de cinq personnes, les trois autres étant en fuite.

Les années suivantes ont vu l'affaire se poursuivre devant la justice guinéenne. En avril 2019, le tribunal de première instance de Dixinn a rendu son verdict : Mohamed Diallo, alias Junior, et Elhadj Oumar Barry, ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 30 ans. Trois autres accusés - Okolo Omo Zahpa, Elhadj Ousmane Baldé et Oumar Lamarana Diallo - ont écopé chacun de 20 ans de réclusion criminelle.

Cependant, les avocats des cinq condamnés ont interjeté appel, et un nouveau procès s'est ouvert le 16 juillet 2021 devant la Cour d'appel de Conakry, près de neuf ans après les faits. Les accusés ont continué à nier toute implication dans ce double meurtre.

Vie familiale et parcours personnel

Aïssatou Boiro était mariée à Ibrahima Boiro, une personnalité guinéenne reconnue dans le milieu académique et scientifique. Son époux occupait plusieurs fonctions prestigieuses : professeur de biologie à l'université de Conakry, directeur du Centre d'étude et de Recherche en environnement (CERE) et président du Comité national de bioéthique de Guinée. Le couple a eu quatre enfants.

Dans un geste symbolique, le président Alpha Condé a nommé Ibrahima Boiro ministre de l'Environnement des Eaux et forêts par décret présidentiel le 26 novembre 2012, soit quelques semaines seulement après l'assassinat de son épouse, témoignant ainsi de la reconnaissance de l'État envers cette famille durement éprouvée.

Héritage d'intégrité et de courage

Aïssatou Boiro reste dans la mémoire collective guinéenne comme un symbole de résistance face à la corruption. Comme l'a si bien exprimé le ministre des Finances Kerfalla Yansané lors de la cérémonie d'hommage : "Elle est morte parce qu'elle refusait tout compromis entre l'intérêt public et les intérêts sordides des groupes mafieux".

Son assassinat, loin de décourager les fonctionnaires intègres, a été présenté comme un appel à l'action pour "reprendre le flambeau de la droiture et de l'honneur afin que la corruption et l'impunité soient à jamais bannies" de la société guinéenne.

Près d'une décennie après sa disparition, le nom d'Aïssatou Boiro continue de symboliser le combat contre la corruption en Guinée et inspire ceux qui luttent pour une gouvernance transparente et équitable en Afrique.