La Mince Frontière : Entre Générosité et Gabegie Financière en Guinée

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Dans le paysage sociopolitique guinéen, une confusion dangereuse persiste entre deux concepts fondamentalement différents : la véritable générosité et la gabegie financière déguisée en actes de bienfaisance. Cette ambiguïté, profondément enracinée dans la culture politique du pays, mérite une analyse approfondie, particulièrement à la lumière des pratiques observées sous l'administration actuelle.

La société guinéenne, comme de nombreuses sociétés africaines, valorise traditionnellement le partage et la générosité. Ces valeurs, authentiques et nobles dans leur essence, se sont toutefois transformées au fil du temps en un système pervers où la redistribution des ressources publiques est perçue comme une manifestation de grandeur personnelle des dirigeants.

Cette perception erronée trouve ses racines dans une confusion fondamentale : l'incapacité à distinguer les ressources personnelles des biens publics. Lorsqu'un dirigeant puise dans les caisses de l'État pour "récompenser" ses partisans ou "soutenir" certains groupes, ces actes sont souvent célébrés comme des manifestations de générosité, alors qu'ils constituent en réalité des détournements de fonds publics.

L'administration du CNRD illustre parfaitement cette problématique. Depuis la prise de pouvoir par CNRD, on observe une continuité troublante dans ces pratiques de "générosité" qui soulèvent des questions sur la gestion des ressources publiques. Les distributions de dons, les soutiens financiers aux communautés ou aux groupes de soutien, bien que présentés comme des actes de bienfaisance, proviennent souvent des fonds publics sans cadre légal approprié.

Cette approche pose plusieurs problèmes majeurs :

  1. La Dénaturation du Service Public : La fonction première de l'État est dévoyée lorsque les ressources publiques sont utilisées comme un instrument de gratification personnelle. Les services publics, qui devraient être dispensés de manière équitable et systématique, se transforment en faveurs personnelles accordées par le dirigeant.
  2. L'Impact sur la Gouvernance : Cette confusion entretient un cercle vicieux où les dirigeants sont encouragés à perpétuer ces pratiques pour maintenir leur popularité. La gestion rigoureuse des finances publiques devient secondaire face à la nécessité perçue de "paraître généreux".
  3. Les Conséquences Économiques : Les détournements systématiques de fonds publics, même lorsqu'ils sont réalisés sous couvert de générosité, affaiblissent considérablement la capacité de l'État à réaliser ses missions essentielles : développement des infrastructures, services de santé, éducation.

Il devient urgent d’établir une distinction claire entre :

  1. La véritable générosité : qui implique le don de ses ressources personnelles, fruit d'un travail légitime.
  2. La gabegie financière : qui consiste à utiliser les ressources publiques de manière inappropriée, même lorsque la finalité semble noble.

Pour sortir de cette confusion, plusieurs actions sont nécessaires :

  • Éducation Civique : Un effort massif d'éducation civique est indispensable pour faire comprendre la différence entre biens publics et privés. Les citoyens doivent être sensibilisés au fait que les ressources de l'État appartiennent à tous et ne peuvent être distribuées selon le bon vouloir des dirigeants.
  • Renforcement Institutionnel : Les institutions de contrôle doivent être renforcées pour assurer une gestion transparente des ressources publiques. Chaque dépense doit s'inscrire dans un cadre légal strict et faire l'objet d'un suivi rigoureux.
  • Transformation Culturelle : La valorisation sociale doit porter sur la bonne gestion des ressources publiques plutôt que sur leur distribution arbitraire. Les dirigeants doivent être jugés sur leur capacité à gérer efficacement les biens publics, non sur leur "générosité" apparente.

La confusion entre générosité et gabegie financière en Guinée représente un obstacle majeur au développement d'une gouvernance moderne et efficace. La situation actuelle, illustrée par les pratiques observées sous l'administration CNRD, montre l'urgence d'une prise de conscience collective.

Le véritable leadership ne se mesure pas à la capacité de distribuer les ressources publiques comme des faveurs personnelles, mais à l'aptitude à gérer ces ressources de manière transparente et efficace pour le bien commun. La Guinée ne pourra progresser vers une gouvernance moderne qu'en établissant clairement cette distinction fondamentale.

La transformation nécessaire est profonde et demandera du temps, mais elle est essentielle pour l'avenir du pays. Elle commence par la reconnaissance que la vraie générosité d'un dirigeant se manifeste dans sa capacité à préserver et à faire fructifier les ressources publiques pour le bénéfice de tous, plutôt que dans leur distribution arbitraire à des fins de popularité personnelle.