Madame Sanoh Doussou Condé est une militante politique guinéenne et figure majeure de la dissidence en exil, surnommée la "dame de fer" du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG). Ancienne partisane de la première heure d'Alpha Condé, elle a participé activement aux luttes de l'opposition guinéenne durant les années difficiles précédant l'alternance démocratique de 2010. Établie à New York où elle réside avec son mari malade, elle est devenue depuis 2016 l'une des critiques les plus virulentes du régime d'Alpha Condé, puis de la transition militaire, dénonçant sans concession la corruption, les dérives autoritaires et la trahison des idéaux démocratiques.
Son franc-parler, ses révélations sur l'enrichissement illicite des dignitaires et sa connaissance intime des arcanes du pouvoir guinéen font d'elle une voix influente de la diaspora et une source d'information privilégiée sur la politique guinéenne, malgré les controverses entourant son parcours. Femme de conviction qui a placé ses principes au-dessus de ses affiliations partisanes, elle incarne cette rare génération de militants capables de rompre avec ceux qu'ils ont contribué à porter au pouvoir lorsque ces derniers trahissent leurs engagements démocratiques.
Introduction
Madame Sanoh Doussou Condé incarne l'un des parcours politiques les plus singuliers et controversés de la Guinée contemporaine. Surnommée la "dame de fer" du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), cette militante des premières heures s'est illustrée par son engagement indéfectible dans le combat pour porter Alpha Condé à la présidence de la République, avant de devenir l'une de ses critiques les plus virulentes.
Son investissement dans la lutte politique remonte aux années sombres de l'opposition guinéenne, période durant laquelle elle a participé activement aux mobilisations et manifestations qui ont jalonné le chemin vers l'alternance démocratique de 2010. Témoin et actrice des heures les plus difficiles du RPG, Madame Doussou Condé a vécu de près les sacrifices des militants, notamment la mort de Mamadi Condé devant le commissariat central de Mafanco, événement tragique dont elle conserve la mémoire vive.
Cette femme de conviction, comme l'a qualifiée Cellou Dalein Diallo, s'est battue aux côtés d'Alpha Condé bien avant sa victoire électorale, participant à l'édification d'un mouvement qui promettait changement et démocratie au peuple guinéen. Elle se souvient avec émotion du jour où le feu Boukari Camara a remis la chemise ensanglantée de Mamadi Condé au professeur Alpha Condé à son domicile de Mafanco, symbole d'un engagement politique qui coûtait alors la vie à certains militants.
De Partisane Fervente à Opposante Résolue
Le parcours politique de Madame Doussou Condé prend un tournant radical lorsqu'elle décide de rompre avec le régime qu'elle a contribué à installer. Établie aux États-Unis, où elle réside à New York dans le quartier de Manhattan sur la 137ème rue auprès de son mari malade, cette activiste guinéenne devient progressivement l'une des voix les plus critiques de la gouvernance d'Alpha Condé.
Dès février 2017, ses interventions sur les ondes de la radio Lynx FM marquent le début d'une série de prises de position qui feront d'elle une figure incontournable de la dissidence guinéenne en exil. Son franc-parler et sa liberté de ton, qu'elle revendique ouvertement, lui valent autant d'admirateurs que de détracteurs dans le paysage politique guinéen. Dans un discours prononcé à Philadelphie en juillet 2016, elle exprime sa satisfaction d'avoir retrouvé sa liberté de pensée et d'avoir osé dire sa vérité à celui qu'elle avait aidé à conquérir le pouvoir.
Sa rupture avec Alpha Condé s'explique par une profonde déception face à ce qu'elle considère comme une trahison des idéaux démocratiques qui animaient le combat de l'opposition. Celle qui déclare en décembre 2020 qu'Alpha Condé "était notre sauveur, mais il est devenu dictateur" illustre parfaitement cette trajectoire politique marquée par la désillusion et le courage de la dissidence.
Une Analyste Politique Sans Concession
Les analyses de Madame Doussou Condé sur la situation guinéenne se distinguent par leur profondeur, leur audace et leur connaissance intime des arcanes du pouvoir. En juillet 2016, elle affirme que le problème fondamental de la Guinée n'est pas économique mais social, appelant à revisiter les pages sombres de l'histoire nationale : les crimes du PDG sous Sékou Touré, ceux du régime de Lansana Conté, et particulièrement le massacre du 28 septembre 2009.
Ses interventions médiatiques révèlent une capacité remarquable à décrypter les enjeux de pouvoir et les mécanismes de corruption au sein de l'État guinéen. En octobre 2017, elle n'hésite pas à dénoncer publiquement le vol de millions de dollars et de lingots d'or dans la chambre du président Alpha Condé au Palais Sékhoutoureyah, affirmant que les présumés auteurs, dont la femme de chambre du président, auraient été arrêtés et détenus au Camp Makambo.
Madame Doussou Condé se distingue également par ses révélations sur l'enrichissement illicite de certains dignitaires du régime. Elle cite notamment le cas du Dr. Mohamed Diané, ministre de la Défense, qui possèderait des usines, une ferme moderne et deux hôtels en construction à Kankan, tous mis sous les noms de sa fille. Elle accuse également Alpha Mohamed Condé, fils du président, de percevoir des commissions sur tous les marchés et contrats effectués dans les mines.
Parmi ses cibles figure également Kabinet Sylla, surnommé "Bill Gates", intendant du Palais, qui se serait offert un terrain à 600 mille dollars au bord de la mer à Conakry et se construirait des villas en marbre à la Minière et ailleurs dans la capitale. Elle dénonce également le rôle d'Ibrahima Youla, qu'elle présente comme le "petit frère" du Premier ministre, qui s'occuperait des déplacements présidentiels et louerait l'avion du président à chaque déplacement.
La Dénonciation de la Corruption Généralisée
L'ancienne militante du RPG se dit révoltée et traumatisée de constater que des gens qui n'avaient rien hier sont aujourd'hui les mieux nantis. Elle rappelle avec amertume les années de galère de la plupart des militants du RPG qui n'avaient même pas le prix d'un billet d'avion Conakry-Paris-New York et qui se la coulent douce aujourd'hui aux commandes de l'État.
En février 2017, elle dénonce la gestion irrationnelle de l'argent public et affirme que les ministres se comportent comme s'il n'y avait même pas d'État. Elle accuse notamment Fatoumata Cissé, alias "Condé Diallo", directrice de la société navale, d'investir au moins 28 milliards de francs guinéens dans le petit port de Sandervalia et de percevoir systématiquement 10% sur tous les budgets alloués à ses projets. Selon ses informations, cette responsable se rendrait presque chaque semaine au Canada pour y déposer de l'argent et se payer des maisons.
Évoquant la situation à Boké, Madame Doussou Condé déclare en octobre 2017 que Fazi Wazni tirerait les ficelles à travers la manipulation du fils d'Alpha Condé, et déposerait chaque semaine près de 3 millions de dollars dans le bureau du président.
Le Combat Contre le Troisième Mandat
L'année 2019 marque l'intensification de son engagement contre le projet de troisième mandat d'Alpha Condé. Avec une conviction prophétique, elle déclare en juin 2019 que Dieu lui-même ne permettra pas ce troisième mandat. Dès 2017, elle affirme ne pas croire qu'il y aura d'élections en 2020, estimant qu'Alpha Condé demeure dans la logique de briguer un troisième mandat en modifiant la Constitution, et qu'un projet de nouvelle Constitution serait fin prêt sur le bureau du président.
Son opposition à cette démarche constitutionnelle témoigne de sa fidélité aux principes démocratiques qui l'avaient initialement motivée à soutenir Alpha Condé. En décembre 2020, elle compare la situation guinéenne à celle du Mali, rappelant que l'ancien président IBK avait organisé des élections législatives comme Alpha Condé en mars 2020, y plaçant qui il voulait à l'Assemblée nationale, avant de devenir "l'ombre de lui-même".
Pendant la crise politique de 2020, elle salue le travail du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), reconnaissant n'avoir jamais vu un mouvement accomplir un travail aussi important en si peu de temps. Elle appelle à l'annulation des élections qu'elle juge frauduleuses et dénonce les violences perpétrées à N'Zérékoré et ailleurs dans le pays. Elle se dit convaincue que ceux qui ont soutenu le troisième mandat d'Alpha Condé n'hésiteront pas à le lâcher, les qualifiant d'"oiseaux migrateurs" qui seront avec celui qui viendra au pouvoir.
Une Figure Incontournable de la Diaspora
Établie à New York, Madame Doussou Condé devient une personnalité incontournable pour les acteurs politiques guinéens en visite aux États-Unis. En juillet 2019, elle reçoit Halimatou Diallo, l'épouse du leader de l'opposition Cellou Dalein Diallo. Son appartement de Manhattan devient ainsi un lieu de rencontre et d'échange pour les responsables politiques de tous bords, témoignant de son influence au sein de la diaspora guinéenne d'Amérique du Nord.
Cette position privilégiée lui confère une influence considérable dans les débats politiques guinéens. Elle se présente elle-même comme une activiste guinéenne défendant non pas un parti politique particulier, mais plutôt son pays et le peuple guinéen. Son exil américain, où elle vit auprès de son mari malade, ne l'empêche pas de maintenir une présence médiatique constante et de suivre de près l'actualité politique de son pays.
La Période Post-Alpha Condé et la Transition
Après le coup d'État du 5 septembre 2021 qui renverse Alpha Condé, Madame Doussou Condé exprime initialement un soutien mesuré au Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) et au Colonel Mamadi Doumbouya. Lors de la visite du président de la transition à New York en septembre 2023 pour la 78ème session de l'Assemblée générale de l'ONU, elle affirme soutenir la Guinée avant tout, démontrant ainsi que son engagement dépasse les considérations partisanes.
Cependant, son analyse critique ne tarde pas à s'exercer également sur le nouveau régime. Elle reproche au Colonel Doumbouya son manque de poigne et estime qu'il est déconnecté de la réalité, entouré d'un gouvernement parallèle qui l'empêche de gouverner selon sa volonté. En octobre 2023, elle dénonce le recyclage des cadres de l'ancien régime et appelle à un remaniement ministériel profond, démontrant ainsi sa cohérence dans l'exigence de renouvellement des élites politiques guinéennes.
Un Parcours Non Sans Controverses
Le parcours de Madame Doussou Condé n'est pas exempt de controverses. En 2017, un proche d'Alpha Condé l'accuse d'avoir fui la Guinée pour détournement de fonds à l'ex-ONAH, accusations qu'elle n'a jamais publiquement réfutées de manière détaillée. Ces attaques visent manifestement à discréditer ses sorties médiatiques et à ternir sa crédibilité auprès de l'opinion publique guinéenne, mais n'entament pas sa détermination à s'exprimer sur l'actualité politique de son pays.
Son style direct et sans concession, ses révélations sur les pratiques du pouvoir et sa connaissance intime des arcanes politiques guinéens font néanmoins d'elle une source d'information privilégiée pour comprendre les dynamiques politiques du pays. Que ce soit pour dénoncer la gestion du COVID-19, critiquer la désignation de Mohamed Ibn Chambas comme émissaire de la CEDEAO, ou analyser les dérives de la transition actuelle, Madame Doussou Condé maintient une présence médiatique constante et influente.
Un Héritage Politique Complexe et Inspirant
Le parcours de Madame Doussou Condé illustre la complexité des trajectoires militantes en Guinée contemporaine. De fervente partisane à opposante résolue, elle incarne cette génération rare de militants qui ont placé leurs idéaux démocratiques au-dessus de leurs affiliations partisanes. Son évolution politique soulève des questions fondamentales sur la loyauté politique, l'intégrité intellectuelle et le courage de la dissidence dans un contexte où le silence et la complaisance sont souvent récompensés.
Sa capacité à rompre avec un homme et un parti qu'elle a soutenus durant des décennies témoigne d'une force de caractère exceptionnelle et d'une fidélité aux principes plutôt qu'aux personnes. En affirmant qu'Alpha Condé "n'est pas plus puissant que Dieu" et que "le peuple de Guinée a eu confiance en lui" avant qu'il ne devienne "dictateur sans état d'âme", elle exprime la désillusion d'une génération de militants qui avaient cru au changement démocratique.
Aujourd'hui, depuis son exil américain, Madame Sanoh Doussou Condé continue de faire entendre sa voix dans le débat politique guinéen. Femme de conviction et de caractère, elle demeure une figure singulière du paysage politique guinéen, respectée par certains pour son courage et son intégrité, critiquée par d'autres pour ses prises de position radicales, mais indéniablement influente dans les discussions sur l'avenir démocratique de la Guinée. Son parcours rappelle que la véritable démocratie nécessite des citoyens capables de tenir tête au pouvoir, même lorsque celui-ci est exercé par ceux qu'ils ont eux-mêmes contribué à porter au sommet de l'État.