Mohamed Mansour Kaba

Mohamed Mansour Kaba
Prénom
Mohamed Mansour
Nom
Kaba
Pays de naissance
Guinée

Mohamed Mansour Kaba est une figure politique guinéenne au parcours remarquable, né à Kankan dans une famille religieuse. Ingénieur civil de formation, diplômé de l'Université Technique de Munich, il s'est imposé comme l'un des grands noms de l'urbanisme africain avec une carrière internationale s'étendant sur quatre décennies. Son engagement politique débute dans sa jeunesse comme chef de la JRDA, avant qu'il n'entre en opposition au régime de Sékou Touré.

Fondateur du Parti Panafricain de Guinée (PAG), il a également servi comme Ministre de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat en 2010 pendant la transition menée par le Général Sékouba Konaté. Connu pour ses positions fermes contre l'ethnicisme qu'il considère comme "une bombe" pour la Guinée, Mansour Kaba a entretenu des relations complexes avec l'ancien président Alpha Condé, passant du soutien à l'opposition frontale. Écrivain et intellectuel, il a documenté son parcours dans ses mémoires "Une vie pour l'Afrique", offrant un témoignage précieux sur son engagement pour le développement du continent.

A lire dans cet article

Introduction

Mohamed Mansour Kaba est une figure emblématique de la scène politique guinéenne, dont le parcours riche et diversifié reflète un engagement constant pour le développement de son pays. Ingénieur de formation, homme politique engagé et écrivain, sa trajectoire personnelle se confond avec l'histoire moderne de la Guinée, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours.

Enfance et formation

Né à Kankan, au cœur de la Haute-Guinée, dans une famille profondément ancrée dans les valeurs religieuses, Mansour Kaba se distingue dès son plus jeune âge par ses aptitudes intellectuelles. À seulement sept ans, il achève la lecture du Saint Coran, témoignant déjà d'une discipline et d'une capacité d'apprentissage remarquables.

Son parcours académique débute à l'école primaire de Kabada, où il se révèle être un élève brillant. En 1953, il termine premier de sa classe au Certificat d'Études Primaires (CEP) dans l'académie de Kankan, marquant le début d'un parcours d'excellence qui ne se démentira pas. Il poursuit ensuite sa formation au Collège Technique d'Industrie à Conakry-Donka, où il maintient son statut de premier de classe.

Sa soif de connaissances et ses performances académiques le conduisent à l'École des Travaux Publics de l'AOF (Afrique Occidentale Française) à Bamako, où il confirme ses talents en terminant une fois de plus premier de sa promotion. C'est finalement à l'Université Technique de Munich, en Allemagne, qu'il complète sa formation supérieure, se spécialisant dans le génie civil et acquérant une expertise qui fera de lui l'un des grands noms de l'urbanisme africain.

Au-delà de ses talents académiques, le jeune Mansour se distingue également dans le domaine sportif, devenant champion du Mali au 800 mètres et au 150 mètres en athlétisme, démontrant ainsi sa capacité à exceller dans différents domaines.

Engagement politique

L'engagement politique de Mansour Kaba commence très tôt, alors que la Guinée est encore sous domination coloniale. Il devient chef de la jeunesse du parti JRDA (Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain), branche jeunesse du PDG-RDA (Parti Démocratique de Guinée - Rassemblement Démocratique Africain), le parti qui mènera la Guinée vers l'indépendance sous la direction de Sékou Touré.

Après l'indépendance de la Guinée en 1958, Mansour continue à jouer un rôle actif dans la vie politique du pays. Il conduit des missions diplomatiques en Allemagne pour le compte de la jeune république guinéenne. Cependant, lorsque le régime de Sékou Touré commence à s'orienter vers des pratiques autoritaires, Mansour Kaba prend ses distances et entre en opposition.

En 1972, il quitte Allemagne pour la Côte d'Ivoire, où il travaille pour le compte de l'opposition guinéenne, préparant le terrain pour un éventuel retour au pays. Cette période marque le début d'une longue carrière internationale pour l'ingénieur, qui mettra son expertise au service du développement urbain à travers l'Afrique pendant près de quarante ans.

Expert reconnu

Au fil des décennies, Mohamed Mansour Kaba s'impose comme une référence dans le domaine de l'ingénierie et du développement urbain en Afrique. Sa vision et son expertise sont sollicitées dans différents pays du continent, contribuant à façonner le paysage urbain africain en pleine transformation.

En 2010, lors de la période de Transition en Guinée sous le Général Sékouba Konaté, Mansour Kaba est appelé à servir son pays en tant que Ministre de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat. Cette nomination reconnaît son statut d'expert et lui permet de mettre son expérience au service du développement de son pays natal.

Dans son livre autobiographique intitulé "Une vie pour l'Afrique - Mémoires d'un ingénieur africain engagé : 1970-2021", il partage les leçons tirées de son parcours professionnel et de son engagement pour le développement du continent, offrant un témoignage précieux sur les défis et les opportunités de l'urbanisation africaine.

Panafricaniste

L'une des convictions les plus profondes de Mohamed Mansour Kaba est la nécessité de dépasser les clivages ethniques qui fragmentent la société guinéenne. En janvier 2017, il déclare sans ambages que "la Guinée est assise sur une bombe ethnique", une analyse lucide des tensions qui minent le développement politique et social du pays.

Cette préoccupation l'amène à fonder le PAG, le Parti Panafricain de Guinée, plus tard rebaptisé Diama. À travers cette formation politique, il promeut une vision unificatrice qui transcende les appartenances ethniques : "Nous ne sommes ni Peuls, ni Soussous, ni Malinkés. Nous sommes des panafricains. Et c'est seulement avec le panafricanisme qu'on peut dépasser les clivages ethniques."

Pour Mansour Kaba, le développement politique et économique de la Guinée passe nécessairement par l'abolition des questions ethniques du débat politique. Sa vision panafricaniste apparaît ainsi comme une réponse aux divisions qui fragilisent le tissu social guinéen et compromettent les perspectives de développement du pays.

Relations avec Alpha Condé

La relation entre Mohamed Mansour Kaba et Alpha Condé illustre les complexités et les paradoxes de la vie politique guinéenne. Les deux hommes se connaissent depuis plus de cinquante ans, mais leurs rapports ont connu des hauts et des bas significatifs.

De 1964 à 1998, bien que se connaissant, ils entretiennent des relations distantes, Mansour refusant de militer aux côtés d'Alpha Condé dont il critique le style de leadership : "Il n'a pas besoin de collègue, il a besoin de suivistes et moi je ne peux pas être le suiviste de n'importe qui."

Pourtant, lorsqu'Alpha Condé est emprisonné par le régime de Lansana Conté en 1998, Mansour Kaba prend sa défense en tant qu'avocat, non par amitié personnelle mais par conviction démocratique : "Ma conscience m'interdisait de ne pas réagir." Il organise même une conférence de presse pour demander la libération d'Alpha Condé et sa nomination comme Premier ministre d'un gouvernement de transition.

Après l'élection d'Alpha Condé à la présidence en 2010, Mansour Kaba se rapproche du nouveau pouvoir, allant jusqu'à dissoudre son parti Jamma pour l'intégrer au RPG d'Alpha Condé. Cependant, cette alliance ne dure pas. Désenchanté par les orientations du régime, il quitte la majorité présidentielle pour créer le Parti Panafricain des Guinéens (PPG).

En 2019, la rupture est consommée. Dans une interview, Mansour Kaba déclare : "Je ne reconnais plus mon ami Alpha Condé", critiquant notamment sa volonté de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Il lui adresse même une lettre ouverte intitulée "Un dernier conseil à mon ami", l'exhortant à "rendre le tablier dans l'honneur et la dignité" à la fin de son deuxième mandat.

Critique des échecs de développement en Guinée

Mansour Kaba se montre particulièrement critique face au paradoxe guinéen : un pays aux ressources naturelles abondantes mais qui figure parmi les plus pauvres du continent. Surnommée le "Château d'eau de l'Afrique" en raison des nombreux fleuves qui y prennent leur source (Sénégal, Niger, Gambie), dotée d'un sous-sol exceptionnellement riche en ressources minières, la Guinée peine pourtant à assurer le bien-être de sa population.

Pour lui, la cause principale de ce retard est claire : "C'est parce que nous n'avons pas de gouvernants." Il rapporte les propos d'un ami français qui, dès l'époque de Sékou Touré, avait identifié le problème fondamental du pays : "Le peuple est plus intelligent que les gouvernants."

Mansour Kaba pointe notamment les dysfonctionnements institutionnels et l'inversion des valeurs économiques : "En Guinée, tout marche sur la tête. Partout ailleurs, normalement, la richesse, on doit la trouver du côté du privé, mais en Guinée ce sont les fonctionnaires qui sont riches."

Le secteur de l'électricité illustre parfaitement cet échec de développement. Plus de soixante ans après l'indépendance, la capitale guinéenne ne bénéficie toujours pas d'un approvisionnement électrique fiable et continu, situation que Mansour Kaba juge inadmissible.

Positions récentes et vision pour l'avenir

Après le coup d'État militaire de septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, Mansour Kaba s'est montré sans pitié pour son ancien ami, déclarant en avril 2022 que "la place d'Alpha Condé, c'est la prison" et qu'il devrait être "traduit devant les tribunaux" pour répondre de sa gouvernance.

Plus récemment, en septembre 2024, alors âgé de 84 ans, il a critiqué l'avant-projet de nouvelle Constitution présenté par le Conseil National de Transition (CNT), dénonçant notamment les dispositions limitant l'âge des candidats à la présidentielle et y voyant une "discrimination intolérable" qui retire "aux citoyens la liberté de voter pour les candidats de leurs choix."

Il s'est également opposé aux candidatures indépendantes à l'élection présidentielle, estimant qu'avec "les grands projets miniers qui sont en cours de réalisation", la Guinée risquerait d'être "livrée à des groupes mafieux" si des candidats sans ancrage partisan pouvaient se présenter.

En novembre 2024, à l'approche de la fin théorique de la transition, Mansour Kaba a exprimé son scepticisme quant au respect du calendrier, estimant que "le 31 décembre ne sera pas la fin de la transition" en raison des retards accumulés dans l'organisation du référendum constitutionnel et des élections.

Conclusion

À travers son parcours d'ingénieur, d'homme politique et d'intellectuel engagé, Mohamed Mansour Kaba incarne une certaine vision du développement africain, fondée sur l'expertise technique, l'engagement citoyen et le dépassement des clivages ethniques. Sa trajectoire personnelle, intimement liée à l'histoire contemporaine de la Guinée, offre un témoignage précieux sur les défis et les espoirs d'un pays en quête de son destin.

Critique lucide des échecs de gouvernance qui ont freiné le développement de son pays natal, promoteur infatigable d'une vision panafricaniste qui transcende les divisions ethniques, Mansour Kaba demeure, malgré son âge avancé, une voix écoutée dans le débat public guinéen, porteur d'une expérience et d'une sagesse forgées au fil de décennies d'engagement au service de l'Afrique.