Mohamed Traoré, né en 1968 en Guinée, est un juriste et homme politique guinéen qui s'est imposé comme une figure emblématique de la défense de l'État de droit dans son pays. Ancien bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Guinée, il a siégé à deux reprises au Conseil National de Transition (2010-2013 et 2022-2025), représentant les organisations socio-professionnelles.
Sa démission courageuse du CNT le 13 janvier 2025, motivée par l'expiration du chronogramme de transition de 36 mois, a marqué un tournant politique majeur, constituant un rappel ferme aux autorités que le délai imparti était écoulé. Son engagement pour la démocratie lui a valu d'être enlevé et torturé le 20 juin 2025 par des hommes encagoulés qui lui reprochaient ses critiques publiques et sa démission, faisant de lui un symbole de résistance face à l'autoritarisme et un défenseur reconnu des principes démocratiques en Guinée.
Introduction
Mohamed Traoré, né en 1968 en Guinée, incarne l'excellence du barreau guinéen et l'engagement politique au service de son pays. Juriste de formation et homme politique reconnu, il s'est imposé comme une figure incontournable du paysage juridique et institutionnel de la Guinée contemporaine.
Parcours Professionnel
Son parcours professionnel l'a mené au sommet de la profession d'avocat, où il a exercé les plus hautes responsabilités. Ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats de Guinée, Mohamed Traoré a marqué sa profession par son intégrité et son attachement aux principes de l'État de droit. Cette position prestigieuse témoigne de la reconnaissance de ses pairs et de son expertise juridique reconnue. Mohamed Traoré a bâti sa réputation en tant qu'avocat respecté et ancien bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Guinée. En tant que bâtonnier, il a œuvré pour l'indépendance de la profession d'avocat et la promotion des valeurs démocratiques.
Mandats au CNT
L'engagement politique de Mohamed Traoré se manifeste dès 2010, lorsqu'il devient membre du Conseil national de la transition (CNT) de Guinée. Cette première expérience au sein de l'institution parlementaire transitoire, qui s'étend de 2010 à 2013, lui permet d'acquérir une expertise précieuse dans la gestion des périodes de transition politique.
Le 22 janvier 2022, par décret n°0052 du Président de la Transition, Mohamed Traoré est nommé pour siéger au sein du nouveau Conseil National de la Transition, aux côtés de quatre-vingts autres personnalités. Sa désignation par le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats au titre des ordres professionnels souligne la confiance accordée à son expertise et à son intégrité.
Cette nomination intervient dans un contexte politique complexe, marqué par les bouleversements institutionnels en Guinée. En tant que représentant des organisations socio-professionnelles, Mohamed Traoré apporte sa compétence juridique aux débats du parlement de transition.
Démission Courageuse
Le 11 mai 2022, le Conseil National de la Transition adopte en session plénière, à une très large majorité, un chronogramme de transition d'une durée de trente-six mois. Cette décision, prise dans un souci de planification démocratique, fixe l'échéance de la période transitoire au 31 décembre 2024.
Le 13 janvier 2025, Mohamed Traoré prend une décision qui résonne dans tout le paysage politique guinéen : il démissionne de son poste de conseiller au CNT. Cette décision, qu'il annonce par une lettre officielle adressée au Président du CNT, se fonde sur un argument juridique et moral solide : l'expiration du délai prévu pour la transition.
Dans sa correspondance, l'avocat explique avec clarté : "Sauf erreur de ma part, ce délai est arrivé à expiration le 31 décembre 2024. Dès lors, ma mission en tant que conseiller national est également arrivée à son terme." Cette démission témoigne de sa cohérence politique et de son respect des engagements institutionnels.
La démission de Mohamed Traoré fait l'effet d'un électrochoc dans le paysage politique guinéen. Son acte, qualifié de courageux par ses soutiens, rappelle aux autorités de transition que le temps imparti touche à sa fin. Cette décision met également la pression sur les autres membres du CNT, notamment ceux désignés par les Forces vives de Guinée.
L'ancien ministre de la Justice d'Alpha Condé, Cheick Sako, salue depuis Montpellier le courage de son confrère : "C'est un homme de principe. Il a pris ses responsabilités, c'est très courageux." Cette reconnaissance par ses pairs illustre l'impact de son geste.
Épreuve de l'Enlèvement
Le 20 juin 2025, vers 4 heures du matin, Mohamed Traoré vit l'une des épreuves les plus traumatisantes de sa vie. Son domicile est pris d'assaut par des hommes encagoulés, sans tenue militaire selon ses proches. Cette opération d'une violence extrême marque un tournant dramatique dans son parcours.
Selon le communiqué du Barreau de Guinée, au moins sept individus armés et cagoulés escaladent le mur d'enceinte de son domicile avant de forcer la porte d'entrée. L'avocat subit des violences physiques et psychologiques d'une rare brutalité : gifles, injures, puis enlèvement de force dans un véhicule Toyota V8.
Durant sa séquestration, Mohamed Traoré endure des tortures particulièrement cruelles. Le Barreau de Guinée révèle que "le chef présumé de l'opération a donné l'ordre de ne pas interrompre les coups avant cinq cents flagellations." Ces violences, accompagnées de menaces de mort et de propos à caractère communautariste, visent clairement à l'intimider.
Les ravisseurs ne cachent pas leurs motivations : ils lui reprochent explicitement "sa démission du Conseil national de la transition (CNT) ainsi que ses prises de parole publiques et ses écrits critiques." Cette révélation confirme le caractère politique de l'agression.
Abandonné inconscient à Bangouyah, dans la préfecture de Coyah, Mohamed Traoré est évacué vers un lieu sécurisé pour recevoir des soins médicaux. Le 23 juin 2025, il sort du silence dans un message empreint d'émotion et de gratitude, remerciant tous ceux qui l'ont soutenu.
Dans sa déclaration, l'avocat confie : "Je savais que j'étais dans la ligne de mire de certains à cause de mes prises de position. Mais au fond de moi, je ne pensais commettre aucun crime en m'exprimant sur la conduite des affaires de mon pays." Ces mots illustrent sa détermination malgré l'épreuve.
Solidarité et Résistance
L'enlèvement de Mohamed Traoré provoque une réaction forte du Barreau de Guinée. Lors d'une assemblée générale extraordinaire tenue le 23 juin 2025, les avocats adoptent des mesures d'une fermeté remarquable :
- Boycott de deux semaines de toutes les audiences judiciaires
- Retrait immédiat de tous les représentants du Barreau des institutions de transition
- Dépôt d'une plainte officielle contre les auteurs de l'enlèvement
Cette mobilisation témoigne de l'estime dont jouit Mohamed Traoré au sein de sa profession et de l'attachement du Barreau aux principes démocratiques.
L'écho de cette affaire dépasse les frontières guinéennes. Comme le souligne Me Faya Gabriel Kamano, bâtonnier par intérim : "Depuis que cet événement est arrivé, le barreau de Guinée et le bâtonnier maître Mohamed Traoré lui-même ont reçu un élan de solidarité de tous les barreaux du monde."
Héritage de Courage et de Principe
Mohamed Traoré incarne aujourd'hui une figure de résistance démocratique en Guinée. Son parcours, marqué par l'excellence professionnelle, l'engagement politique et le courage face à l'adversité, en fait un symbole de l'attachement aux valeurs démocratiques.
Son influence dépasse le cadre strictement juridique pour toucher l'ensemble de la société civile guinéenne. Sa démission du CNT et sa résistance face aux intimidations inspirent d'autres acteurs politiques et sociaux à maintenir leurs exigences démocratiques.
Bien qu'il ait annoncé une pause dans ses prises de parole publiques pour protéger sa famille, Mohamed Traoré reste une référence morale et politique majeure. Son parcours illustre les défis auxquels font face les défenseurs de l'État de droit dans les contextes de transition politique difficile.
L'avocat et homme politique continue de bénéficier d'un large soutien, tant national qu'international, confirmant son statut de figure respectée du paysage politique et juridique guinéen. Son exemple rappelle l'importance cruciale de l'indépendance de la justice et du courage civique dans la construction démocratique.