Prince Diabaté est un virtuose guinéen de la kora, né en 1966 à Kindia, issu d'une illustre famille de griots malinké. Fils de Djéli Sory Diabaté, maître joueur de kora, et de Djéli Sira Cissoko, première femme à jouer de la kora en Afrique de l'Ouest, il a appris l'instrument en autodidacte dès l'âge de cinq ans malgré l'opposition initiale de son père. Surnommé "Prince de la Kora" après avoir remporté le premier prix d'un concours international à Abidjan à seize ans, il a connu une carrière internationale exceptionnelle s'étendant sur plus de trois décennies.
Établi entre la Guinée, la France et les États-Unis depuis 1996, il a collaboré avec des artistes aussi variés que le New Mexico Symphony Orchestra, Ozomatli et des compositeurs hollywoodiens, intégrant reggae, rap et blues à la tradition mandingue. Considéré comme l'un des pionniers de la kora "alternative", il se consacre également à la transmission de son art à travers l'enseignement et la construction de la Prince Diabaté Music Academy en Guinée, premier établissement privé du pays dédié aux instruments à cordes traditionnels, affirmant ainsi son rôle d'ambassadeur visionnaire de la culture guinéenne à travers le monde.
Introduction
Prince Diabaté incarne l'excellence de la tradition griotique ouest-africaine tout en repoussant constamment les frontières de cet art ancestral. Né en 1966 à Kindia, en Guinée, ce maître de la kora est issu d'une illustre lignée de griots malinké. Son père, Djéli Sory Diabaté, était un joueur de kora reconnu et soliste de l'Ensemble Instrumental National de la Guinée, tandis que sa mère, Djéli Sira Cissoko, est devenue la première femme à jouer de la kora en Afrique de l'Ouest, enseignée par son époux lui-même dans une rupture remarquable avec la tradition.
Les Débuts d'un Prodige
L'histoire de Prince Diabaté commence dès l'âge de cinq ans, mais de manière peu conventionnelle. Contrairement à la tradition, son père refusait catégoriquement qu'il apprenne la kora, préférant qu'il poursuive des études académiques. Le jeune Prince observait néanmoins attentivement les séances d'apprentissage de son grand frère et, en autodidacte déterminé, s'exerçait secrètement à reproduire les mélodies enseignées par son père.
Le tournant décisif de sa vie survint lors d'une visite du président Ahmed Sékou Touré à Kindia, sur la place de l'Indépendance. Dans un acte d'audace remarquable, le jeune garçon prit la kora de son frère, la cacha sous son boubou blanc, et traversa la foule, y compris les gardes du corps présidentiels, pour venir jouer devant le chef de l'État. Impressionné par ce talent précoce et cette détermination, Sékou Touré demanda à l'enfant ce qu'il désirait. La réponse fut simple et directe : que son père lui permette de jouer de la kora.
Le président guinéen devint alors le protecteur du jeune prodige. À l'âge de neuf ans, Prince fut confié à Jeanne Macaulay, directrice du Théâtre National des Enfants de Guinée, marquant officiellement le début de sa carrière musicale. Cette période formatrice lui permit de développer son art tout en accompagnant ses parents dans leurs concerts à travers l'Afrique de l'Ouest.
Formation et Reconnaissance Internationale
Après avoir obtenu son diplôme de l'école de musique de Guinée à seize ans, Prince Diabaté s'envola pour Abidjan, en Côte d'Ivoire, en quête de nouvelles opportunités. C'est là qu'un événement fortuit changea sa trajectoire : la découverte d'une cassette vidéo de Jimi Hendrix. Inspiré par la virtuosité et l'innovation du guitariste légendaire, il décida de participer à un concours international de kora. Sa prestation lui valut le premier prix et, dès ce jour, il fut consacré "Prince Diabaté, Prince de la Kora", un titre qu'il porte avec fierté depuis lors.
Son parcours en Guinée inclut également une période au sein du Dirou Band de Kindia, l'orchestre fédéral de la région. Il garde une reconnaissance particulière pour feu Maître Gadiri, qui contribua significativement à sa formation musicale. Prince n'a jamais suivi d'études académiques traditionnelles, mais après ses premiers succès, il s'est mis à la disposition d'amis et de structures symphoniques aux États-Unis pour apprendre à lire et à écrire la musique.
Le Duo Légendaire avec Amara Sanoh
En 1986, de retour d'un long séjour en Côte d'Ivoire, Prince Diabaté rencontre le chanteur Amara Sanoh à la SIG Madina, à Conakry. De cette rencontre naît l'un des duos les plus marquants de la musique traditionnelle guinéenne. L'ensemble comprenait également Morikè Kouyaté à la guitare d'accompagnement et Yakhoumba Sèkhou à la guitare basse, Prince assurant les solos à la kora.
Cette formation remporta un succès considérable en Guinée, tenant tête à plusieurs grands noms de la capitale. En 1990, le duo Diabaté-Sanoh reçut le prestigieux prix "Découvertes" sponsorisé par Radio France Internationale, consécration qui ouvrit les portes de la scène internationale. Pendant douze années triomphales, ils tournèrent à travers l'Afrique, l'Europe, le Canada et les États-Unis, sur le circuit des festivals internationaux. Cette collaboration exceptionnelle prit fin en 2002, lorsque Prince décida de s'établir définitivement à Los Angeles.
Une Carrière Internationale Prolifique
Depuis 1996, Prince Diabaté partage sa vie entre la Guinée, la France et les États-Unis, principalement basé à Los Angeles. Cette expatriation lui a permis d'accumuler des expériences musicales extraordinaires et de collaborer avec des artistes d'horizons très variés. Reconnu comme l'un des principaux joueurs de kora de sa génération, il apporte non seulement une maîtrise totale de sa tradition ancestrale, mais aussi un engagement à la renouveler à travers des idées nouvelles et des échanges interculturels.
Ses collaborations aux États-Unis sont impressionnantes par leur diversité : le New Mexico Symphony Orchestra, Adam del Monte (flamenco), Hassan Hakmoun (gnawa), Rahat Ali Khan (qawali), Paul Livingstone (sitar), et le groupe de rock latino Ozomatli, avec lequel il a travaillé sur un morceau qui remporta un Grammy Award. Il a également collaboré avec les compositeurs de musique de film hollywoodiens Hans Zimmer et Heitor Pereira, enrichissant ainsi les bandes originales de productions cinématographiques.
Ce griot musicalement aventureux n'hésite pas à incorporer le reggae, le rap et le blues dans son répertoire, parfois ponctué par l'utilisation funky de la pédale wah-wah. Il a également adapté la musique du Wassolou, qu'il joue en autodidacte sur le kamelen n'goni, un instrument pentatonique traditionnel utilisé entre la Guinée, le Mali et le Burkina Faso. Cet instrument, traditionnellement joué par les chasseurs pour chasser les mauvais esprits avant la chasse, était en voie de disparition, et Prince s'est donné pour mission de le faire revivre.
Un Polyglotte Musical
La versatilité de Prince Diabaté s'étend également aux langues. Bien que griot malinké, il chante en plusieurs langues de Guinée, notamment en pular (peul). Son professeur de pular fut feu Elhadj Moghèrè, qu'il visitait régulièrement pour prendre des cours. Cette maîtrise linguistique lui permet de composer des chansons dans différentes langues, élargissant ainsi son public et démontrant son respect pour la diversité culturelle de son pays. Lors du festival Jazz & Co à Dalaba, il a même composé une chanson en pular avec le guitariste Djekoria Mory Kanté, témoignant de sa capacité d'adaptation et de création spontanée.
Discographie et Créations
La carrière discographique de Prince Diabaté témoigne de sa productivité et de sa créativité. Il a enregistré quatre albums solos : "No Live", "Dyèrèlon", "My Music" et "Lamarana", ainsi que de nombreux albums en collaboration avec d'autres artistes. Son album "My Music", publié en octobre 2022, a été enregistré à Conakry, mixé à Toulouse et masterisé à Los Angeles, illustrant parfaitement son parcours international. Cet album de dix pistes comprend sept chansons chantées en malinké, soussou, pular et espagnol, ainsi que trois instrumentaux.
L'album "FASO", réalisé avec Jeff Kellner, présente onze morceaux qui fusionnent les rythmes traditionnels avec des sonorités contemporaines. Ces productions, arrangées et produites par Prince Diabaté, Djekoria Mory Kanté et Edouard Chaize Diabaté, démontrent sa capacité à préserver l'authenticité tout en innovant.
Engagement Pédagogique et Transmission
Prince Diabaté consacre une part importante de son temps à l'enseignement et à la transmission de son art. Entre 2000 et 2005, il a donné des conférences et des démonstrations dans plusieurs universités californiennes prestigieuses : UCLA (Department of Ethnomusicology), UC San Diego, California State University Northridge, UC Riverside, Occidental College et Santa Monica College. Il enseigne également la kora à des élèves privés, perpétuant ainsi la tradition de transmission maître-élève.
En 2003, il fut maître artiste dans le programme d'apprentissage de l'ACTA (Alliance for California Traditional Arts), avec pour apprenti Habibou Sissoko. Leur apprentissage visait à élargir et approfondir le répertoire d'Habibou pour qu'il puisse se produire publiquement aux côtés de son maître.
La Prince Diabaté Music Academy
Le projet le plus ambitieux de Prince Diabaté est sans conteste la création de la Prince Diabaté Music Academy en Guinée. En 2013, la pierre angulaire de cette future académie fut officiellement posée. Située au kilomètre 66 sur la route de Maférinya, cette école de musique représente le premier établissement privé de ce type dans le pays.
L'académie sera exclusivement dédiée aux instruments à cordes traditionnels et à la flûte traditionnelle, avec pour objectif de créer une école de musique internationale de haut niveau. À ce jour, les travaux sont avancés à environ 60%, financés personnellement par Prince Diabaté grâce aux revenus de ses concerts et prestations. Il prévoit de travailler avec des musiciens expérimentés qui viendront dispenser des cours rémunérés, assurant ainsi la transmission de savoir-faire en voie de disparition.
Ce projet ambitieux vise à accueillir des élèves apprentis de kora et d'autres instruments à cordes venus du monde entier. Prince lance un appel à l'État guinéen, au gouvernement, au ministère de la Culture et aux personnes de bonne volonté pour soutenir cette initiative qui contribuera à l'essor de la culture guinéenne. Il exprime le souhait de rencontrer le ministre de la Culture pour exposer ce projet qui lui tient particulièrement à cœur.
Reconnaissances et Prix
Le talent exceptionnel de Prince Diabaté lui a valu de nombreuses distinctions tout au long de sa carrière. Parmi les plus notables figurent le LA Treasures Award du Département des Affaires Culturelles de la ville de Los Angeles en 2004, une bourse du Artists' Resource for Completion Grant de la Durfee Foundation en 2004, et une subvention du Fund for US Artists en 2003. Il a été nominé aux LA Weekly Music Awards en 2002 et a été finaliste aux International Song Competition et International Acoustic Music Awards en 2004 et 2005. Il a également remporté le Pacific Songwriting Competition en Australasie en 2005.
Retour aux Sources
Malgré sa vie à l'étranger, Prince Diabaté maintient un lien fort avec sa Guinée natale. En 2024, il participa à la 16e édition du festival Jazz & Co à Conakry, après avoir conquis la scène du Gesù lors de la 38e édition du Festival Nuits d'Afrique à Montréal en juillet de la même année, où il était placé dans la catégorie Prestige. Ces retours réguliers permettent au public guinéen de redécouvrir son art et témoignent de son engagement indéfectible envers la promotion de la culture guinéenne sur les scènes internationales.
Un Ambassadeur Culturel Visionnaire
Prince Diabaté est bien plus qu'un virtuose de la kora ; il est un ambassadeur infatigable de la musique et de la culture guinéenne. Sa carrière internationale, qui s'étend sur plus de trois décennies, démontre qu'il est possible de rester fidèle à ses racines tout en innovant et en s'ouvrant à d'autres influences musicales. Considéré comme l'un des pionniers de la kora "alternative", il continue d'explorer de nouveaux horizons sonores tout en préservant l'essence de la tradition griotique.
Son message aux artistes guinéens est simple mais puissant : l'union, le respect mutuel et la considération. Il encourage ses confrères à se donner la main, à abandonner l'esprit de compétition destructrice et à reconnaître que l'apprentissage est un processus continu. Pour lui, c'est l'union qui fait la force, et c'est la Guinée qui en sort gagnante.
Prince Diabaté représente ainsi le pont entre tradition et modernité, entre l'Afrique et le monde, incarnant avec brio la capacité de la musique mandingue à transcender les frontières et les générations.