
Sékou Koureissy Condé est un homme politique guinéen né en 1954 à Kouroussa, qui a occupé plusieurs fonctions importantes dans son pays, notamment comme Ministre de la Sécurité (1997-2000) et Premier Médiateur de la République. Diplômé en criminologie et en sociologie politique, il a fondé le parti ARENA et s'est particulièrement engagé pour la réconciliation nationale et la résolution des conflits en Afrique. Après un exil aux États-Unis où il a enseigné à la New York University et à Columbia, il a cofondé l'African Crisis Group en 2011, un cabinet spécialisé dans la prévention et résolution des conflits. Plus récemment, en février 2025, il a lancé le Forum du Dialogue Citoyen, illustrant sa conviction que le dialogue est essentiel pour résoudre les crises africaines.
Introduction
Homme politique guinéen aux multiples facettes, Sékou Koureissy Condé a traversé les époques et les défis de son pays avec une vision constante : celle de la réconciliation et de l'unité nationale. Né en 1954 à Kouroussa en République de Guinée, il incarne aujourd'hui une figure incontournable de la médiation et de la résolution des conflits en Afrique.
Famille
Issu d'une famille profondément ancrée dans les valeurs traditionnelles africaines, Sékou Koureissy Condé reçoit dès son plus jeune âge une éducation morale et spirituelle riche. Son père, Teninken-Fodé Condé, était un chef spirituel soufi respecté. Suite au décès de ce dernier alors que Sékou n'avait que cinq ans, c'est son oncle paternel, un Sage du village, qui le prend sous sa tutelle.
Si sa mère fut celle qui l'influença le plus par ses paroles empreintes de sagesse, sa famille était également engagée politiquement. La branche paternelle soutenait le Bloc Africain de Guinée, favorable à une transition progressive vers l'indépendance, tandis que sa famille maternelle militait aux côtés du Parti Démocratique de Guinée et du Rassemblement Démocratique Africain. Son oncle maternel, Selian Sekou Kouyate, compte d'ailleurs parmi les fondateurs de ce parti.
Parcours académique
Après une scolarité où il se passionne pour l'histoire, la géographie, la littérature et la philosophie, Sékou Koureissy Condé intègre en 1976 l'Université de Kankan pour y étudier l'histoire et la sociologie, puis poursuit à l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Très investi dans la vie étudiante, il est élu Vice-Président des étudiants de l'université.
Un événement déterminant marque cette période : en 1977, face à la distribution de tracts appelant à la révolte contre le régime du Président Sékou Touré, il prend l'initiative, en tant que Premier responsable des étudiants, d'informer les autorités universitaires. Cette démarche le conduit à rencontrer le Président Sékou Touré en personne, ouvrant la voie à une collaboration qui l'amènera à accompagner ce dernier lors de déplacements internationaux.
Formation internationale
Son parcours académique prend une dimension internationale en 1980 lorsqu'il obtient une bourse pour étudier en Europe de l'Est. Il intègre d'abord la faculté de droit de l'Université Charles de Prague, où il décroche un doctorat en criminologie en 1985. En 1987, il poursuit sa formation à Fribourg, en Allemagne, comme chercheur scientifique à l'Institut Max-Planck, se spécialisant en droit pénal international. Parallèlement, il obtient en 1992 un doctorat en sociologie politique à l'Université de Fribourg-en-Brisgau.
Engagement politique
Son parcours politique commence en Allemagne en 1990. Après avoir travaillé sur un projet concernant les relations entre l'Occident et l'Afrique à l'Institut Max-Planck, il devient assistant parlementaire pour la coalition de l'Union Chrétienne-Démocrate d'Allemagne et de l'Union Chrétienne-Sociale en Bavière, au sein de la Commission des Affaires Étrangères du Parlement régional du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
En 1992, alors que la Guinée s'ouvre au multipartisme, Sékou Koureissy Condé rentre au pays pour fonder son parti politique, l'Alliance pour le Renouveau National (ARENA). Constatant les divisions ethniques de son pays, il oriente son action politique vers la réconciliation et l'unité nationale.
Assemblée Nationale
Sa carrière politique nationale s'accélère en 1995 lorsqu'il entre à l'Assemblée Nationale comme porte-parole du PDG-RDA, auquel son parti s'est allié. Il devient successivement Conseiller de Buro Diallo, Président de l'Assemblée, et Chef de la Division de la Coopération Internationale.
En 1997, le Président Lansana Conté le nomme Ministre de la Sécurité, poste qu'il occupe jusqu'en 2000. Cette période est marquée par l'instabilité régionale, avec les guerres civiles au Liberia et en Sierra Leone, pays frontaliers de la Guinée. À la tête du Ministère, Sékou Koureissy Condé promeut la dissuasion plutôt que la répression pour assurer la sécurité du pays.
Affaire Alpha Condé
Sa carrière connaît un tournant en 1998 avec "l'affaire Alpha Condé". À la veille des résultats de l'élection présidentielle, le candidat Alpha Condé est arrêté à la frontière avec la Côte d'Ivoire par des militaires guinéens, soupçonné de fomenter un coup d'État. Alpha Condé accuse alors Sékou Koureissy Condé, en tant que Ministre de la Sécurité, d'avoir ordonné son arrestation.
Bien qu'il récuse ces accusations lors du procès en 2000, cette affaire conjuguée aux manœuvres de l'entourage du Président Lansana Conté, dont les intérêts étaient menacés par sa lutte contre la corruption, conduit à sa disgrâce. En 2000, il est démis de ses fonctions et, craignant pour sa vie, s'exile d'abord en Europe puis aux États-Unis en 2001.
Exil américain
Aux États-Unis, Sékou Koureissy Condé parvient à démontrer son innocence dans l'affaire Alpha Condé et obtient le droit d'asile. Il se reconvertit dans l'enseignement, se spécialisant dans la prévention et la résolution des conflits en Afrique. Il devient professeur associé à la New York University, puis enseigne à la School of International Public Affairs de l'Université Columbia.
En 2004, il est envoyé à l'Université du Cap pour diriger les études d'un symposium international sur la négociation et la résolution des conflits, où il rencontre Frederik de Klerk, l'ancien Président sud-africain qui mit fin à l'apartheid.
Retour en Guinée
Après le décès du Président Lansana Conté le 23 décembre 2008 et la prise du pouvoir par le capitaine Moussa Dadis Camara, Sékou Koureissy Condé fait partie des trois personnalités désignées pour demander à ce dernier de ne pas se présenter aux élections présidentielles de 2010.
Suite au massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry et à la tentative d'assassinat contre Dadis Camara en décembre de la même année, Sékou Koureissy Condé est rappelé en Guinée par le Général Sékouba Konaté, assurant l'intérim à la tête du pays. Il est nommé secrétaire général du Conseil National de la Transition, organe chargé de la rédaction d'une nouvelle Constitution et d'un nouveau code électoral.
En octobre 2010, il devient le Premier Médiateur de la République, poste dont il est cependant démis dès l'élection d'Alpha Condé en décembre 2010.
Fondation de l'African Crisis Group
Face à cette nouvelle éviction, Sékou Koureissy Condé décide d'orienter son engagement vers la société civile. En avril 2011, il co-fonde à Ouagadougou l'African Crisis Group, un cabinet de conseil et d'études stratégiques en évaluation et suivi de risques, prévention et résolution des conflits et d'appui à la bonne gouvernance.
La mission fondamentale de cette structure est de contribuer à la consolidation de la paix en Afrique. Sa méthodologie s'inspire des recherches effectuées par Sékou Koureissy Condé durant son exil américain, cherchant à établir une complémentarité entre les mécanismes traditionnels et modernes de résolution des conflits.
De 2011 à 2018, l'African Crisis Group est intervenu comme médiateur dans la plupart des crises et conflits en Afrique, notamment en Guinée, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en République Démocratique du Congo, au Togo et au Nigeria.
Vision et pensée
La pensée de Sékou Koureissy Condé est indissociable de son engagement pour la paix et la résolution des conflits en Afrique. Dès 2004, il fonde l'ONG American Council on Africa, spécialisée dans la recherche sur la résolution des conflits sur le continent, qu'il dirige jusqu'en 2010.
Depuis avril 2014, il dirige également la CANEG (Convention des Acteurs non Étatiques de Guinée), une organisation de la société civile guinéenne qui vise à créer une synergie d'initiatives et d'actions entre les organisations de la société civile ouest-africaines dans le domaine de la paix, de la sécurité et du développement.
Dans ses interventions publiques, Sékou Koureissy Condé défend l'idée que les populations conscientes et consciencieuses sont "plus fortes que 1000 armées réunies". Il prône une approche transnationale et transfrontalière de la gestion des crises, impliquant directement les citoyens.
Il analyse avec lucidité les défis de la gouvernance africaine, pointant notamment la mauvaise gouvernance, le traitement inadéquat de l'adversité politique, et le refus de l'autocritique comme facteurs explicatifs des crises récurrentes sur le continent.
Concernant les coups d'État qui secouent régulièrement la région ouest-africaine, il invite à "intégrer le phénomène militaire" dans une réflexion politique de fond, estimant que sans cette analyse, "nous ne sortirons pas des cycles de coups d'État".
Forum du Dialogue Citoyen
En février 2025, fidèle à sa vision du dialogue comme solution aux crises, Sékou Koureissy Condé lance le Forum du Dialogue Citoyen à Conakry, avec l'accompagnement d'organisations comme Frontières d'Afrique et l'Arbre à Palabre. Cette initiative vise à "renouer le fil du dialogue et favoriser un climat de compréhension mutuelle et de stabilité interne" en Guinée.
Il y distingue clairement le dialogue citoyen du dialogue politique, soulignant que le premier "interpelle les Guinéens et Guinéennes à se parler et à savoir que c'est en se parlant qu'on a la compréhension mutuelle, c'est avec l'écoute qu'on a la tolérance".
Contribution intellectuelle
Le parcours de Sékou Koureissy Condé a été reconnu notamment par la République française, qui lui a décerné l'Ordre national du Mérite le 21 septembre 1999.
Il poursuit aujourd'hui son engagement politique en Guinée, où il siège comme député sur la liste nationale, au sein du groupe parlementaire Rassemblement Républicain, représentant son parti ARENA. Il occupe la fonction de Président de la Commission Éducation.
Publications
Sékou Koureissy Condé a également contribué à la réflexion sur les conflits en Afrique à travers plusieurs publications, notamment :
- "Dimension régionale des crises sociopolitiques en Afrique de l'Ouest : étude comparative"
- "La résolution des conflits en Afrique : méthodes et mécanismes formels et informels de résolution des conflits en Afrique"
Conclusion
À travers son parcours académique, politique et son engagement pour la paix, Sékou Koureissy Condé incarne une figure africaine résolument tournée vers la réconciliation et le dialogue. Sa vision d'une Afrique pacifiée par ses propres mécanismes de résolution des conflits résonne particulièrement dans le contexte actuel de crises multiples sur le continent.
Son action à la tête de l'African Crisis Group et ses initiatives comme le Forum du Dialogue Citoyen témoignent d'un engagement constant pour faire prévaloir la parole sur la force. Comme il le souligne lui-même : "Sans la stabilité, il n'y aura pas de développement. Et sans le développement, il n'y a pas de prospérité."
La trajectoire de Sékou Koureissy Condé illustre ainsi les défis et les espoirs de toute une génération d'intellectuels et de politiques africains œuvrant pour un avenir de paix et de prospérité pour le continent.