Aminata Touré (femme politique guinéenne)

Aminata Touré (femme politique guinéenne)
Prénom
Aminata
Nom
Touré
Date de naissance
Date de décès
Pays de naissance
Guinée

Aminata Touré (12 décembre 1952 - 12 janvier 2022) était une femme politique guinéenne, juriste de formation et fille aînée d'Ahmed Sékou Touré, premier président de la Guinée indépendante. Après avoir travaillé dans le domaine juridique et s'être exilée au Maroc suite au coup d'État de 1984, elle est revenue en Guinée pour se lancer dans l'entrepreneuriat, d'abord dans la communication puis dans la construction.

Elle a fait son entrée remarquée en politique en 2018 en remportant l'élection municipale à Kaloum, commune stratégique de Conakry abritant la présidence et les principales institutions du pays, devenant ainsi la seule femme maire d'une commune urbaine en Guinée. Surnommée "Femme Syli", elle était connue pour sa proximité avec la population, son engagement environnemental et social, ainsi que pour sa défense des idéaux d'indépendance portés par son père, tout en incarnant une vision moderne alliant libre entreprise et préoccupations sociales jusqu'à son décès au Maroc des suites d'une longue maladie.

A lire dans cet article

Introduction

Fille aînée du premier président de la Guinée indépendante, femme d'affaires accomplie et figure politique marquante, Aminata Touré a tracé son propre chemin tout en portant le prestigieux héritage familial. Son parcours remarquable, entre exil et retour aux sources, témoigne d'un engagement profond envers son pays et ses valeurs.

Enfance et origines

Née le 12 décembre 1952 à Conakry, Aminata Touré est la fille aînée d'Ahmed Sékou Touré, le père fondateur de l'indépendance guinéenne et premier président du pays. Elle grandit au palais présidentiel dans le quartier de Kaloum, un lieu qui deviendra plus tard le théâtre de sa propre carrière politique.

Son enfance est marquée par les valeurs que lui transmet son père : travail, humilité et intégrité. Malgré son statut privilégié d'enfant présidentiel, Aminata se souvient d'une éducation stricte et tournée vers les autres. "Mon père ne s'est jamais enrichi sur le dos des Guinéens. Quand nous étions petits, il nous obligeait, mes frères et moi, à aller à l'école à pied, on n'avait pas de chauffeur. Et on faisait des madeleines pour les enfants pauvres", confiait-elle.

Elle garde de cette période des souvenirs précieux, notamment "les dîners en famille au palais, très tard le soir" et ce moment où, gravement malade, son père la porta lui-même dans ses bras jusqu'à l'hôpital.

Formation et parcours professionnel

Juriste de formation, Aminata Touré a travaillé au tribunal pour enfants et dirigé le tribunal domanial de Mafanco, démontrant son engagement précoce pour la justice. Sa vie prend un tournant décisif en 1984, à la mort de son père.

Après le coup d'État militaire qui suit le décès de Sékou Touré, Aminata choisit l'exil au Maroc où elle se réinvente en tant qu'entrepreneuse dans le secteur de la communication. Plus tard, elle revient en Guinée pour se lancer dans l'industrie de la construction, développant ainsi une solide expérience dans le monde des affaires.

Carrière politique

Bien que militante depuis l'époque du parti unique PDG (Parti Démocratique de Guinée) fondé par son père, Aminata Touré s'éloigne de la vie politique pendant son exil. Ce n'est qu'en 2018, à 64 ans, qu'elle décide de s'engager pleinement en créant une liste indépendante baptisée "Kaloum Yigui" ("L'espoir de Kaloum").

Sa décision de se présenter aux élections communales du 4 février 2018 dans la stratégique commune de Kaloum marque son grand retour sur la scène politique guinéenne. Contre toute attente, elle remporte une victoire éclatante face aux grands partis établis, obtenant l'unanimité avec 29 voix sur 29 conseillers.

Cette victoire est d'autant plus symbolique que Kaloum, la plus petite mais aussi la plus importante des cinq communes de Conakry, abrite la présidence de la République, l'administration publique et de nombreuses institutions. Sa victoire est alors qualifiée d'échec pour le parti au pouvoir, le RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée).

Femme politique

Surnommée "Femme Syli" en référence au symbole national guinéen, Aminata Touré devient la seule femme maire d'une commune urbaine en Guinée. Cette position unique lui confère une responsabilité particulière qu'elle assume avec détermination.

Pendant sa mandature, elle se distingue par son engagement pour l'assainissement de sa commune et le développement urbain. "Je rêve que Kaloum redevienne ce qu'il était", déclarait-elle lors de sa campagne, promettant "une ville propre et moderne". Sa passion pour l'environnement et son approche pragmatique de la gouvernance locale lui valent le respect de ses administrés.

Femme d'affaires devenue politique, elle incarnait un nouveau modèle de leadership féminin, combinant réalisme économique et préoccupations sociales : "Je suis une femme de mon temps, réaliste. En tant que chef d'entreprise dans le BTP, je pense qu'il faut de la libre entreprise, mais il ne faut pas oublier le social."

Vision politique

Aminata Touré entretenait une relation complexe avec l'héritage de son père. Si elle était fière de son rôle historique, elle gardait une vision nuancée de son régime : "C'est une fierté d'être la fille de celui qui a posé un acte fort le 2 octobre 1958, non seulement pour la Guinée, mais pour toute l'Afrique."

Sur les aspects controversés du régime de Sékou Touré, notamment les purges et les disparitions du camp Boiro, elle préférait laisser le temps faire son œuvre : "L'Histoire jugera. Il faudra du temps pour savoir précisément ce qu'il s'est passé."

Elle défendait néanmoins avec conviction l'importance historique du "non" guinéen à la France en 1958 : "Nous avons été le premier pays à demander notre souveraineté. Par la suite, d'autres ont réclamé leur indépendance. Donc, c'est grâce à la Guinée que toute l'Afrique a été libérée des mains du colon."

Concernant l'ancienne puissance coloniale, elle estimait que la France devrait présenter des excuses à la Guinée pour ses agissements lors de l'indépendance.

Engagement social

Au-delà de ses fonctions administratives, Aminata Touré était reconnue pour son engagement humanitaire, particulièrement envers les enfants, et son approche proche du peuple. Elle incarnait une figure politique accessible et sociable, qui n'hésitait pas à aller à la rencontre des habitants de sa commune.

À l'occasion du 61e anniversaire de l'indépendance guinéenne, le 2 octobre 2019, elle avait lancé un appel vibrant à l'unité nationale : "Nous devons montrer à toute l'Afrique que nous sommes unis. Si nous voulons que la paix règne dans ce pays, nous devons nous donner la main, nous aimer et nous entendre afin de développer notre pays."

Dernières années et héritage

Après plusieurs années de dévouement à sa commune, Aminata Touré est tombée gravement malade. Elle s'est retirée progressivement de la vie publique pour se concentrer sur son combat contre la maladie, qui l'a finalement emportée le 12 janvier 2022 au Maroc, à l'âge de 69 ans. Selon certaines sources, elle serait décédée d'un cancer du pancréas.

Sa disparition a plongé la Guinée dans le deuil. De nombreux hommages ont été rendus à cette femme d'exception, tant par le gouvernement que par l'opposition. Le chef de la junte militaire au pouvoir à l'époque, le Colonel Mamady Doumbouya, a présenté ses "profondes condoléances à la famille éplorée et au peuple de Guinée" pour cette perte.

Le drapeau guinéen a été mis en berne à la mairie de Kaloum pour honorer sa mémoire. Elle laissait derrière elle cinq enfants et un parcours politique atypique qui a marqué l'histoire contemporaine de la Guinée.

Conclusion

Aminata Touré restera dans la mémoire collective guinéenne comme une pionnière, la fille du père de l'indépendance devenue elle-même actrice de la vie politique nationale. Son parcours extraordinaire, de l'exil au retour triomphal, illustre la résilience et la détermination d'une femme qui a su tracer sa propre voie tout en honorant l'héritage familial.

Figure politique respectée, entrepreneuse accomplie et défenseuse des valeurs de son père, elle incarnait une synthèse unique entre tradition et modernité, entre fidélité aux idéaux d'indépendance et pragmatisme économique. Sa disparition prématurée laisse un vide dans le paysage politique guinéen, mais son exemple continue d'inspirer les nouvelles générations de femmes leaders en Afrique de l'Ouest.