
Le Dr. Édouard Niankoye Lamah (1945 - 18 mars 2025) était un éminent médecin et homme politique guinéen qui a consacré sa carrière au service de la santé publique dans son pays. Spécialiste des maladies infectieuses et professeur issu de la première promotion de la Faculté de Médecine de Guinée, il a occupé plusieurs postes à haute responsabilité, notamment celui de directeur général adjoint de l'hôpital national Donka, avant d'entrer en politique.
Sa carrière politique a été marquée par ses fonctions de ministre des Affaires étrangères et de ministre d'État chargé de la Santé (2018-2019) sous la présidence d'Alpha Condé. Durant son mandat au ministère de la Santé, il s'est particulièrement investi dans le renforcement de la surveillance épidémiologique, la lutte contre les médicaments illicites, et l'amélioration du système sanitaire guinéen, tout en contribuant à augmenter considérablement le budget alloué à la santé et à recruter plus de 4000 nouveaux agents de santé.
Introduction
Né en1945, le Dr. Édouard Niankoye Lamah s'est éteint le 18 mars 2025 à l'hôpital de l'Amitié Sino-Guinéenne de Conakry, après une carrière remarquable au service de la santé publique en Guinée. Figure emblématique de la première promotion de la Faculté de Médecine, il a su gravir les échelons jusqu'aux plus hautes fonctions ministérielles, laissant derrière lui un héritage significatif dans le système de santé guinéen.
Sa carrière professionnelle débute dans le milieu hospitalier où il se spécialise dans les maladies infectieuses, devenant un professeur respecté dans ce domaine. Son expertise et son dévouement lui permettent d'accéder au poste de directeur général adjoint de l'hôpital national Donka, l'un des établissements hospitaliers les plus importants du pays.
Carrière politique
Le parcours du Dr. Lamah ne s'est pas limité au secteur médical. Sa compétence et son engagement l'ont propulsé vers la sphère politique où il a occupé plusieurs postes ministériels de premier plan. Avant d'être nommé ministre de la Santé, il a d'abord exercé la fonction de ministre des Affaires étrangères, avant d'être remplacé par François Lonseny Fall.
Le 26 mai 2018, il est nommé ministre d'État, ministre de la Santé par le président Alpha Condé, succédant au Dr. Abdourahamane Diallo. Sa prise de fonction officielle s'est déroulée le 1er juin 2018, lors d'une cérémonie de passation présidée par le secrétaire général du Gouvernement, Maître Sékou Kissing Camara. Il occupera ce poste jusqu'en novembre 2019, où il sera remplacé par Remy Lamah.
Vision pour le système de santé guinéen
Dès sa prise de fonction au ministère de la Santé, le Dr. Lamah a clairement défini ses priorités pour améliorer le système sanitaire guinéen. Reconnaissant les progrès réalisés par ses prédécesseurs, il a néanmoins identifié plusieurs défis majeurs à relever.
Ses priorités s'articulaient autour de sept axes principaux :
- Le renforcement de la surveillance épidémiologique et la gestion des situations d'urgence
- L'adoption de contrats de performance à tous les niveaux du système de santé
- Le renforcement de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG) pour lutter contre le marché illicite des médicaments
- La mise en place d'une inspection plus rigoureuse du secteur
- L'application stricte du moratoire sur les affectations vers la capitale
- L'opérationnalisation des ordres professionnels de la santé
- Le développement de la santé communautaire, notamment en faveur des femmes
Combat contre les épidémies
Le Dr. Lamah s'est particulièrement distingué par son expertise en matière de maladies infectieuses et son implication dans la lutte contre les épidémies. En 2014, lors de l'épidémie d'Ebola, il a confirmé que le virus avait déjà sévi en Guinée en 1982, une information documentée par une étude scientifique publiée dans le Bulletin de la Société de Pathologie Exotique en 1987.
Cette révélation avait provoqué l'étonnement du président Alpha Condé qui lui avait reproché de ne pas avoir alerté les autorités plus tôt sur ce risque potentiel. Le Dr. Lamah avait pourtant affirmé avoir attiré l'attention des pouvoirs publics dès 1990 sur la circulation du virus en Guinée.
Durant son mandat ministériel, il a également mené une lutte acharnée contre la vente illicite des médicaments. Le 15 avril 2019, il a pris une décision importante interdisant l'exercice illégal de la profession de pharmacien et ordonné la fermeture immédiate des boutiques de vente de produits pharmaceutiques tenues par des non-professionnels. Il a aussi créé une brigade de répression dénommée "Médicrime" pour lutter contre ce fléau.
Bilan sectoriel
Le 13 mai 2019, lors d'une conférence de presse, le Dr. Lamah a présenté un bilan des réalisations dans le domaine de la santé depuis 2011. Parmi les avancées notables, il a mentionné :
- La construction de 38 Centres de Traitement Épidémiologique (CTEPI) dans le cadre de la préparation aux situations d'urgence
- La création de 8 équipes régionales et 38 équipes préfectorales d'alerte et de riposte contre les épidémies
- La gratuité des soins obstétricaux et néonatals d'urgence (SONU) sur l'ensemble du territoire
- Une augmentation significative du budget alloué à la santé, passant de 81 milliards de francs guinéens (2,27% du budget national) en 2011 à 1325 milliards (7,41%) en 2018
- Le recrutement de 4 200 nouveaux agents de santé, faisant passer les effectifs de 8 823 à 12 377 agents
Défis et perspectives
Malgré ces progrès, le Dr. Lamah reconnaissait que le secteur de la santé guinéen restait confronté à d'importants défis, notamment :
- La faible participation des communautés dans la gestion des problèmes de santé
- L'insuffisance de l'offre de soins en infrastructures sanitaires normalisées
- Le manque de personnel de santé qualifié
- La nécessité de moraliser les professions de santé
- La prolifération des structures privées et du marché illicite des médicaments
Pour relever ces défis, il avait esquissé des perspectives articulées autour de sept axes : la réforme de la gouvernance sanitaire, la promotion de la santé publique, le développement de la santé communautaire, l'amélioration de l'offre de soins, le renforcement des ressources humaines, la lutte contre la corruption et le contrôle strict du marché illicite des médicaments.
Héritage d'un homme dévoué à la santé publique
Le décès du Dr. Édouard Niankoye Lamah, survenu le 18 mars 2025, marque la disparition d'une figure importante de la santé publique guinéenne. Son engagement pour l'amélioration du système sanitaire, sa lutte contre les épidémies et les médicaments contrefaits, ainsi que sa vision pour un accès équitable aux soins de santé, constituent un héritage précieux pour les générations futures.
Son parcours exemplaire, de médecin spécialiste à ministre d'État, témoigne de son dévouement inlassable au service de la population guinéenne et de sa détermination à relever les défis sanitaires auxquels son pays a été confronté.